Compléments alimentaires, la routine bien-être qui peut déraper

De plus en plus d’Américains prennent des compléments alimentaires. Mais l’accumulation de gélules et poudres peut poser de vrais risques.

Complement alimentaire vitamine
Image d'illustration. Complement alimentaire vitamine — ADN

En bref

  • 60% des adultes américains en prennent
  • Le cumul peut entraîner toxicité et interactions
  • Un avis médical reste la meilleure base

Prendre un complément pour prévenir plutôt que guérir, sur le papier, l’idée séduit. Le problème, c’est qu’une routine empilant gélules, poudres et gommes peut finir par produire l’inverse de l’effet recherché.

Une pratique devenue massive

Les chiffres publiés par les Centers for Disease Control and Prevention montrent à quel point le phénomène a pris de l’ampleur aux États-Unis. Entre août 2021 et août 2023, 60% des adultes de 20 ans et plus ont pris au moins un complément alimentaire dans les 30 jours précédents. Et 38% en ont pris au moins deux. Dix ans plus tôt, en 2013, ils étaient 54%.

Cette hausse ne sort pas de nulle part. Les réseaux sociaux, la culture des influenceurs et des célébrités y jouent un rôle évident. La diététicienne Christiane Matey explique que des plateformes comme Instagram, Facebook ou TikTok transforment très vite une recommandation en phénomène viral. S’ajoutent à cela l’attrait pour une santé jugée plus naturelle, l’essor de la médecine alternative, l’anxiété héritée de la pandémie et le vieillissement d’une population attentive à la longévité comme à l’immunité.

Le vrai problème, ce n’est pas le nombre seul

Il n’existe pas de seuil magique à partir duquel on prendrait soudainement trop de compléments, rappelle la médecin interniste Karina Appel. Mais accumuler les produits n’a rien d’anodin, surtout quand plusieurs formules contiennent les mêmes ingrédients sans que l’on s’en rende compte.

Multivitamines, mélanges pour l’immunité, poudre protéinée, gummies pour les cheveux ou les ongles, le risque de doublon est réel. Et si l’alimentation est déjà équilibrée, la supplémentation n’est pas forcément utile. L’Office of Dietary Supplements des National Institutes of Health indique d’ailleurs que beaucoup d’Américains couvrent leurs besoins par l’alimentation. De grandes études n’ont pas non plus montré que les multivitamines réduisaient le risque de maladie chronique ou de décès.

Pour Nneoma Oparaji, la bonne question est simple, chaque produit doit avoir un objectif clair, une dose sûre et ne pas interagir avec un traitement.

Des effets indésirables loin d’être théoriques

Les vitamines hydrosolubles sont souvent éliminées dans les urines. Mais les vitamines liposolubles, A, D, E et K, peuvent s’accumuler dans les tissus. Même logique pour certains minéraux, comme le zinc ou le fer. À la clé, des niveaux toxiques, avec des calculs rénaux, des atteintes nerveuses ou des troubles du rythme cardiaque.

Et ce n’est pas tout. Certains compléments interagissent entre eux ou avec des médicaments sur ordonnance, au point parfois d’en réduire l’efficacité. Il existe aussi un risque pour le foie, notamment avec certains produits à base de plantes, comme l’extrait de thé vert ou le curcuma. Les médecins soulignent enfin un autre piège, croire qu’un complément peut compenser un manque de sommeil, le stress chronique, l’inactivité physique ou une alimentation ultra-transformée. Pas de quoi y croire longtemps.

Quand un complément peut vraiment avoir un sens

Aucun complément n’est indispensable pour tout le monde, selon Karina Appel. Mais certains cas justifient une supplémentation. La vitamine D3, par exemple, peut être utile chez les personnes carencées. Pendant la grossesse, une vitamine prénatale est généralement recommandée pour prévenir des anomalies du tube neural chez le bébé.

Autre situation nette, les personnes suivant un régime végétalien ou végétarien strict doivent prendre de la vitamine B12.

Comment faire le tri dans sa routine

Le conseil qui revient le plus souvent est très concret, faire le point avec un professionnel de santé. Il peut vérifier ce dont le corps a vraiment besoin, ajuster les dosages et repérer les chevauchements entre produits.

Mieux vaut aussi se méfier des vidéos vues sur TikTok ou Instagram. Et au moment d’acheter, viser des compléments testés par un organisme tiers comme NSF, USP ou ConsumerLabs. Derrière cette prudence, il y a quelque chose de plus large. La santé personnalisée progresse, mais la consommation de masse du bien-être, elle, continue de simplifier à l’excès.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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