Dépression sévère : ce que montre vraiment l’essai sur le nerf vague

Un essai mené chez des patients en échec de nombreux traitements montre des effets durables de la stimulation du nerf vague. Mais pas immédiats.

Hopital medecins
Image d'illustration. Hopital medecins — ADN

En bref

  • Un essai suit 493 patients très résistants
  • Le bénéfice peut durer au moins deux ans
  • Le traitement agit lentement, pas chez tous

Quand des patients ont déjà enchaîné les impasses thérapeutiques, le moindre signal durable compte. Ici, les participants avaient essayé en moyenne 13 traitements sans succès avant d’entrer dans l’essai. Chez eux, la dépression ne relevait plus d’un simple ajustement de médicament, mais d’une maladie installée depuis des années, parfois des décennies.

Des patients parmi les plus difficiles à traiter

L’essai RECOVER, mené aux États-Unis, a inclus 493 personnes souffrant d’une dépression résistante aux traitements. Toutes avaient connu au moins quatre échecs pour l’épisode en cours, et beaucoup davantage.

Selon Charles Conway, chercheur en psychiatrie à la Washington University in St. Louis, ces patients avaient passé plus de la moitié de leur vie avec la maladie. En moyenne, ils vivaient avec une dépression depuis 29 ans. Trois sur quatre ne pouvaient plus travailler.

Un implant discret, un effet qui ne se juge pas vite

La technique testée s’appelle stimulation du nerf vague, ou VNS. Le principe est assez concret : un petit dispositif, proche par la taille d’un pacemaker, est implanté sous la peau de la poitrine. Un fil le relie au nerf vague gauche dans le cou, puis l’appareil envoie à intervalles réguliers de faibles impulsions électriques.

Ce nerf relie le tronc cérébral à plusieurs organes, du cœur au système digestif. Son rôle exact dans la dépression n’est pas totalement compris, même si la thérapie a déjà été approuvée en 2005 par la US FDA pour les dépressions résistantes.

Dans l’essai, tous les participants ont reçu l’implant. Mais pendant les 12 premiers mois, seule une moitié des appareils était activée, l’autre servant de groupe de comparaison.

Ce que montrent les résultats à deux ans

Le nouveau suivi porte sur 214 patients dont la stimulation était active dès le début. Et les chiffres retiennent l’attention.

Après un an, environ 69% présentaient une amélioration jugée cliniquement significative sur au moins une mesure. Parmi eux, plus de 80% ont conservé ce bénéfice, ou l’ont encore amélioré, au bout de 24 mois, qu’on regarde les symptômes dépressifs, la qualité de vie ou le fonctionnement au quotidien.

Chez les patients ayant le plus fortement répondu à 12 mois, avec une baisse d’au moins 50% des symptômes, 92% montraient encore un bénéfice deux ans plus tard. Charles Conway dit avoir été surpris de voir qu’un patient sur cinq n’avait pratiquement plus de symptômes dépressifs au terme de ces deux années.

Une piste sérieuse, avec des limites claires

Mais ce n’est pas un traitement rapide. Et pas un traitement universel non plus. Un tiers environ des patients sans bénéfice notable à 12 mois ont fini par s’améliorer à 24 mois. Autrement dit, chez certains, l’effet met du temps à apparaître.

L’étude a été financée par LivaNova, le fabricant du dispositif, qui a donc un intérêt direct dans ses résultats. Les données doivent aussi nourrir la décision de prise en charge de la thérapie par les US Centers for Medicare and Medicaid Services, qui ne la remboursent pas actuellement.

Publiés dans l’International Journal of Neuropsychopharmacology, ces résultats ne ferment pas le débat. Ils déplacent surtout la question : pour les formes les plus lourdes de dépression, la durée du bénéfice devient presque aussi importante que son intensité.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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