En bref
- Taxi et ambulance intriguent face à Alzheimer
- La navigation pourrait renforcer certaines fonctions cérébrales
- L’étude comporte toutefois plusieurs limites importantes
La démence pèse lourd, et c’est ce qui rend ce résultat intéressant. Entre 2012 et 2021, rien n’a causé plus de décès au Royaume-Uni que la démence. En 2023, Alzheimer’s Research UK a recensé 75.000 morts liées à cette maladie.
Dans ce contexte, une étude publiée dans le British Medical Journal attire l’attention. Des chercheurs de Harvard ont examiné la carrière professionnelle et les causes de décès de millions d’Américains. Après comparaison de près de 400 métiers, ils ont observé que les chauffeurs de taxi et les conducteurs d’ambulance étaient les moins susceptibles de mourir de la maladie d’Alzheimer.
Un résultat inattendu parmi 400 métiers
L’idée avancée par les auteurs est simple sur le papier. Les tâches fréquentes de navigation et de traitement spatial, très présentes dans ces professions, pourraient être associées à une forme de protection contre Alzheimer.
Le contraste avec les chauffeurs de bus est d’ailleurs notable. Eux ne semblent pas bénéficier du même effet, possiblement parce qu’ils suivent, le plus souvent, des trajets identiques. Vu du lecteur, l’hypothèse se tient : chercher son chemin sollicite davantage le cerveau que répéter une ligne connue.
Pourquoi la navigation intéresse autant les neurosciences
Ce n’est pas une piste sortie de nulle part. Des travaux plus anciens avaient déjà montré que la formation des chauffeurs de taxi de Londres, avec l’épreuve très redoutée du Knowledge, modifiait la structure du cerveau.
À l’UCL, des chercheurs ont observé que l’hippocampe augmentait chez les conducteurs en formation, un peu comme un muscle qu’on travaille souvent. Or cette région joue un rôle clé dans l’orientation et le traitement de l’espace. C’est aussi l’une des premières à se rétracter quand Alzheimer s’installe.
Hugo Spiers, professeur de neurosciences cognitives à l’UCL et responsable du projet Taxi Brains, explique même que le recul de l’orientation spatiale peut commencer avant la perte de mémoire. Il estime que si la navigation fréquente augmente l’hippocampe, elle pourrait offrir une réserve physique et cognitive utile face à la maladie. Il rapproche cela d’une autre idée bien connue, celle de la réserve cognitive, déjà associée à un niveau d’éducation plus élevé et à des activités mentales soutenues.
Ce que l’étude ne dit pas encore
Mais il y a un bémol. Les chauffeurs de taxi et les conducteurs d’ambulance semblaient aussi mourir plus jeunes. Et comme Alzheimer touche davantage avec l’âge, une partie du résultat pourrait s’expliquer ainsi.
Hugo Spiers résume la prudence à avoir en affirmant, « cet article n’est pas une publicité pour devenir chauffeur de taxi, malheureusement, ils meurent plus tôt ». Il ajoute que les chercheurs ont refait leur analyse en corrigeant l’effet de l’âge et qu’un effet significatif persistait.
Autre limite, les données de mortalité sont historiques. Beaucoup des conducteurs étudiés utilisaient sans doute moins le GPS qu’aujourd’hui. Pour Hugo Spiers, les résultats pourraient donc évoluer avec les usages.
Son conseil reste très concret : sortir, marcher ou courir dans la nature, si possible en forêt, sans s’en remettre en permanence au GPS. L’idée, dit-il, est de mobiliser l’orientation, de bouger et d’être au contact de la nature. Avec des amis, c’est encore mieux, car les liens sociaux comptent aussi dans le vieillissement du cerveau.