Ménopause : le soja peut aider, mais pas sur tous les symptômes

Une analyse de 13 essais cliniques suggère un effet modéré des isoflavones de soja sur certains troubles sexuels après la ménopause. Pas sur tout.

Femme entreprise
Image d'illustration. Une femme en entreprise. — ADN

En bref

  • Le soja montre un effet modéré sur certains symptômes.
  • Pas d’amélioration nette pour tous les troubles.
  • Un avis médical reste conseillé dans plusieurs cas.

On parle souvent de bouffées de chaleur ou de prise de poids à la ménopause. Beaucoup moins des effets sur la sexualité. C’est pourtant l’un des points suivis par une nouvelle analyse, qui suggère que les isoflavones de soja peuvent apporter un soulagement partiel chez certaines femmes après la ménopause.

Ce que l’analyse montre vraiment

Publiée dans l’International Journal of Impotence Research, cette revue a rassemblé 13 essais randomisés menés auprès de 1 325 femmes ménopausées dans plusieurs pays. Sur des périodes allant de quatre à 24 semaines, les participantes suivaient soit une alimentation riche en soja, soit une prise de compléments dosés entre 40 et 160 mg par jour.

Les résultats ne vont pas dans tous les sens, mais ils ne racontent pas non plus une histoire miracle. L’analyse observe une amélioration globale de la sécheresse vaginale et des symptômes urogénitaux, comme les douleurs ou brûlures urinaires, l’urgence d’uriner, une baisse de l’excitation, ou encore des douleurs et pressions pelviennes.

En revanche, aucun bénéfice global significatif n’apparaît pour les rapports sexuels douloureux, les sueurs nocturnes, les bouffées de chaleur ou les symptômes psychologiques. Et les chercheurs appellent à la prudence, car plusieurs essais étaient de petite taille et reposaient sur des symptômes déclarés par les patientes elles-mêmes.

Pourquoi le soja intéresse les chercheurs

Les isoflavones présentes dans le tofu, le tempeh ou les fèves de soja sont des phytoestrogènes, c’est-à-dire des composés végétaux dont la structure ressemble à celle des œstrogènes. Heather Bartos, gynécologue-obstétricienne, explique qu’ils peuvent se fixer faiblement sur certains récepteurs hormonaux du corps.

Mais il faut garder une frontière claire. Ce n’est pas un traitement hormonal substitutif. D’après Heather Bartos, ces composés ne remplacent pas les œstrogènes et produisent plutôt un effet léger, surtout dans des tissus touchés par la ménopause comme les zones vaginales et urinaires.

Aliments ou compléments, le choix n’est pas si simple

Les deux pistes, alimentation et compléments, apparaissent dans l’analyse. Melissa Groves Azzaro, diététicienne, rappelle qu’une étude de 2009 suggérait une meilleure absorption de certaines isoflavones actives du soja, la génistéine et la daidzéine, via l’alimentation plutôt qu’avec des comprimés. Mais les compléments contiennent souvent des doses plus élevées, ce qui complique la comparaison.

Concrètement, atteindre 80 à 100 mg par jour avec l’alimentation demande une vraie organisation. Stacey Silverman Fine, gynécologue-obstétricienne à la Maven Clinic de New York, estime qu’il faut souvent deux à trois repas contenant du soja dans la journée.

Parmi les repères cités par Jamie Mok, diététicienne à Los Angeles, on retrouve une demi-tasse de fèves de soja cuites pour 47 mg, 3 onces de tempeh pour 37 mg, une tasse de lait de soja pour 30 mg, 3 onces de tofu ferme pour 20 mg, ou une cuillère à soupe de miso pour 7 mg.

Pour qui cela peut avoir du sens

Le soja peut surtout intéresser les femmes avec une sécheresse vaginale ou des symptômes urogénitaux légers à modérés, celles qui préfèrent une option non hormonale, ou celles qui doivent éviter le traitement hormonal, notamment en cas d’antécédents de caillots sanguins, de maladie cardiovasculaire ou de certains cancers.

Mais ce n’est pas pour tout le monde. Melissa Groves Azzaro conseille d’en parler à un médecin en cas de prise de médicaments pouvant interagir, d’antécédent de cancer estrogéno-dépendant, d’utilisation déjà en cours d’un traitement hormonal, ou de prise de médicaments qui bloquent l’effet des œstrogènes, comme le tamoxifène. Ce que montre cette étude, au fond, c’est surtout une piste utile, pas une solution complète.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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