Réduire cet acide aminé a prolongé la vie de souris, pas sans limites

Image d'illustration. Vue détaillée d un technicien en laboratoireADN
Une étude américaine relance la piste d’un levier alimentaire contre le vieillissement. Chez la souris, moins d’isoleucine a nettement changé la donne.
En bref
- Moins d’isoleucine, vie prolongée chez certaines souris
- Les mâles gagnent jusqu’à 33 %
- Chez l’humain, rien n’est prouvé
Manger moins d’un acide aminé précis a produit un effet assez inattendu chez des souris, elles ont vécu plus longtemps, avec un meilleur état de santé, tout en restant plus maigres. Le point important, c’est que la restriction visait l’isoleucine, pas l’alimentation entière.
Un résultat marqué, surtout chez les mâles
Dans cette étude menée aux États-Unis, les souris privées d’une partie de leur isoleucine alimentaire ont vu leur espérance de vie et leur « healthspan », autrement dit la durée de vie en bonne santé, progresser. Les mâles ont gagné jusqu’à 33 % de longévité par rapport à ceux qui ne suivaient pas ce régime. Chez les femelles, la hausse atteignait 7 %.
Les chercheurs ont aussi observé moins de fragilité, une meilleure masse maigre et un meilleur contrôle de la glycémie. Sur 26 mesures de santé, ces animaux faisaient mieux, avec des résultats plus favorables sur la force musculaire, l’endurance, la glycémie, l’usage de la queue ou encore la perte de poils. Chez les mâles, l’équipe a aussi relevé moins d’augmentation de la prostate liée à l’âge et moins de tumeurs cancéreuses, fréquentes dans ces lignées variées.
Pourquoi l’isoleucine attire autant l’attention
L’isoleucine est l’un des trois acides aminés ramifiés utilisés par l’organisme pour fabriquer des protéines. Il est essentiel, donc le corps ne peut pas le produire seul. Il doit venir de l’alimentation, notamment des œufs, des produits laitiers, du soja ou de la viande.
Ce choix ne sort pas de nulle part. Un travail antérieur, basé sur une enquête menée entre 2016 et 2017 auprès d’habitants du Wisconsin, avait déjà montré un lien entre l’apport alimentaire en isoleucine et la santé métabolique. Les personnes ayant un IMC plus élevé avaient tendance à en consommer davantage.
Le protocole montre que toutes les calories ne se valent pas
Les souris, génétiquement diverses, avaient environ six mois au début de l’expérience, soit l’équivalent d’un humain d’une trentaine d’années. Elles pouvaient manger à volonté, mais selon trois régimes distincts, un régime témoin avec 20 acides aminés courants, un autre où tous les acides aminés étaient réduits d’environ deux tiers, et un dernier où seule l’isoleucine baissait dans la même proportion.
Dudley Lamming, endocrinologue à l’Université du Wisconsin, résumait l’idée ainsi en 2023, « une calorie n’est pas seulement une calorie ». Les souris nourries avec peu d’isoleucine mangeaient pourtant plus que les autres. Mais elles ne prenaient pas de poids. Elles brûlaient davantage d’énergie et restaient plus minces, sans être plus actives.
Des promesses pour l’humain, mais pas de raccourci
L’équipe estime que limiter l’isoleucine chez l’humain, par l’alimentation ou par un médicament, pourrait produire des effets comparables contre le vieillissement. Mais on reste dans une étude chez la souris. Et ça change tout.
L’alimentation est un système complexe, avec beaucoup d’interactions. Réduire les protéines en général peut avoir des effets néfastes, chez la souris comme chez l’humain. Les auteurs disent donc qu’on ne peut pas basculer tout le monde vers un régime pauvre en isoleucine. Il faudra aussi affiner selon les sexes et les lignées, car un même dosage ne convient pas à tous. L’étude a été publiée dans Cell Metabolism.