En bref
- Les cas d’FFA augmentent depuis vingt ans
- Des études pointent hydratants et écrans solaires
- Aucun lien de cause à effet n’est prouvé
Les cas d’alopécie frontale fibrosante, ou FFA, ont fortement augmenté ces vingt dernières années, surtout en Europe et aux Etats-Unis. C’est ce qui pousse les chercheurs à élargir la focale. Pas seulement la génétique ou les hormones, mais aussi l’environnement du quotidien, jusque dans la salle de bains.
Une maladie encore mal comprise, mais de plus en plus observée
La FFA provoque une perte de cheveux à l’avant du cuir chevelu. Elle touche principalement les femmes ménopausées. Sur le papier, l’idée d’un déclencheur venu des soins du visage peut surprendre. Pourtant, certains dermatologues soupçonnent un lien avec des produits appliqués sur la peau, notamment les hydratants et, plus encore, les écrans solaires.
Une hypothèse circule. Certains ingrédients de produits laissés sur la peau pourraient pénétrer près des follicules pileux et déclencher une réponse immunitaire, avec des dommages progressifs au fil du temps. C’est plausible. Mais ce n’est pas démontré.
Hydratants, écrans solaires : ce que montrent vraiment les études
Un travail publié en 2023, fondé sur les données de neuf études différentes, relie la FFA à l’usage de produits pour le visage, dont les hydratants et surtout les protections solaires.
Dans deux études menées au Royaume-Uni, en 2016 puis 2017, de petits groupes ont été interrogés. Dans la première, 100 femmes atteintes de FFA ont déclaré utiliser davantage d’écran solaire que 105 femmes sans perte de cheveux. Dans la seconde, 17 hommes touchés par la maladie utilisaient beaucoup plus souvent de la crème solaire, ainsi que des hydratants qui en contiennent, que 73 hommes non atteints.
Même prudence dans une étude thaïlandaise de 2021. Des chercheurs en Thaïlande ont interrogé 250 femmes asiatiques, dont 50 souffrant de FFA et 100 présentant une perte de cheveux ou un affinement plus large. Là aussi, les femmes concernées utilisaient nettement plus d’hydratants et de protections solaires que le groupe témoin.
Pourquoi les dermatologues restent prudents
Le point clé, c’est que ce type d’étude montre une association, pas une causalité. Autrement dit, les produits sont plus fréquents chez les personnes touchées, mais on ne peut pas dire qu’ils provoquent la maladie.
D’autres explications existent. Des personnes qui remarquent les premiers signes d’une chevelure qui s’affine peuvent devenir plus attentives à leur apparence et utiliser davantage de soins. Ou bien l’exposition au soleil joue elle-même un rôle, ce qui ferait de l’usage accru d’écran solaire un simple marqueur d’un temps passé dehors plus important.
Un essai plus solide consisterait à répartir au hasard des personnes sans perte de cheveux entre usage de soins et absence de soins. Mais ce protocole poserait un vrai problème éthique si ces produits abîmaient réellement la ligne frontale.
Pour l’instant, la plupart des experts estiment que les preuves restent trop faibles pour déconseiller les écrans solaires, qui restent essentiels contre le cancer de la peau. La British Association of Dermatologists rappelle d’ailleurs que la cause de la FFA reste inconnue, même si la génétique, le système immunitaire et les changements hormonaux pourraient jouer un rôle.