En bref
- La musique n’aide pas systématiquement à apprendre
- Les paroles gênent souvent lecture et écriture
- Le type de tâche reste décisif
La musique peut soutenir l’étude, mais elle peut aussi la freiner. C’est la conclusion qui ressort des travaux de Bridget K. Daleiden, psychologue de l’éducation à l’University of Nevada, Las Vegas, qui a examiné la façon dont des étudiants utilisent leurs écouteurs pour lire, écrire, réviser ou faire des maths.
Pas de recette unique pour mieux se concentrer
L’idée n’est pas neuve. Depuis les années 1990, l’effet Mozart a nourri l’hypothèse selon laquelle la musique classique pourrait améliorer la mémorisation et le traitement de nouvelles informations.
Mais les résultats restent contrastés. Certains travaux montrent un effet positif sur l’humeur, l’implication ou la concentration. D’autres observent l’inverse, surtout quand la musique est forte, rapide ou chantée. Dans les faits, tout dépend du type de tâche, du genre musical choisi et de la personne qui travaille.
La musique sert souvent à tenir dans l’effort
Pendant deux ans, Bridget K. Daleiden a interrogé 163 étudiants sur leurs habitudes. Résultat, environ 67 % disent utiliser la musique pour mieux se concentrer, et 75 % pour renforcer leur motivation.
Une étudiante de 21 ans en psychologie résume bien cette logique. « J’utilise la musique comme l’une de mes principales sources de motivation pour étudier, surtout quand il s’agit d’un sujet qui ne m’intéresse pas. » Beaucoup expliquent aussi qu’elle rend le travail plus supportable et chasse l’ennui. Une autre, âgée de 20 ans, raconte que « la musique m’aide à avoir l’impression que je peux continuer encore et encore à écrire ».
Les paroles restent le piège le plus cité
Ce qui gêne le plus, ce sont souvent les paroles. Une étudiante de 22 ans en éducation musicale explique ainsi que, quand elle écoute un morceau qu’elle peut chanter, étudier devient nettement plus difficile.
Et même l’instrumental ne règle pas tout. Un étudiant de 19 ans, futur enseignant du secondaire, dit avoir parfois l’impression de devoir se concentrer sur la musique plutôt que sur ce qu’il lit. Rien d’étonnant, au fond, pour des tâches comme la lecture ou l’écriture, qui reposent déjà beaucoup sur le traitement du langage.
La confiance en soi change aussi la donne
Une autre enquête, menée auprès de 103 étudiants de premier cycle, affine le tableau. Près de la moitié écoutent de la musique en lisant, 68 % en écrivant, environ 70 % pendant des exercices de maths, et près de 30 % disent en mettre quelle que soit l’activité.
Mais le choix varie avec la confiance dans sa capacité à rester concentré. Un étudiant de 26 ans en géologie et en formation d’enseignant explique qu’il travaille en musique seulement s’il se sent déjà à l’aise avec la matière. Pour un sujet vraiment difficile, il préfère s’en passer.
Une utilisation stratégique plutôt qu’automatique
Le point important est là. La musique n’est ni une aide garantie, ni une distraction systématique. Elle semble surtout utile quand on l’utilise de façon ciblée, selon le moment, la difficulté du travail et son propre niveau d’attention.
Pour les tâches exigeantes, les morceaux les moins distrayants paraissent les plus adaptés. Et si la musique finit par brouiller la concentration, le bruit blanc peut prendre le relais, notamment dans une bibliothèque bondée ou un café bruyant. Une étudiante de 20 ans le dit simplement, « je commencerais probablement sans musique, puis, si je me rends compte que j’avais vraiment du mal, je la mettrais pour voir si ça m’aide ».