Pourquoi maigrir ne relève pas seulement de la volonté, selon Cambridge

Le poids ne dépend pas uniquement des habitudes de vie. Un professeur de Cambridge rappelle le rôle majeur des gènes dans l’appétit.

Gros plan sur un pèse-personne numerique
Image d'illustration. Le yoyo du poids dépasse l'échec personnel. — ADN

En bref

  • Le poids dépend aussi des gènes
  • L’appétit est piloté par le cerveau
  • Des hormones informent ce système

On réduit souvent la prise de poids à une question de discipline. C’est trop simple. Un professeur de Cambridge, spécialiste de génétique, rappelle qu’une part importante du poids est liée à nos gènes, et pas seulement à nos choix du quotidien.

L’idée n’est pas de nier l’effet du mode de vie. Le chercheur explique que les changements rapides de notre environnement alimentaire et de nos habitudes ont bien contribué à faire grimper l’obésité dans le monde. Mais dans ce même contexte, certaines personnes restent minces et d’autres non. C’est là que la biologie entre en jeu.

Le poids, bien plus qu’une affaire d’habitudes

Ce que pointe le généticien, c’est l’écart entre la perception commune et la réalité. Le poids est encore vu comme une affaire de volonté, d’habitude ou de choix. Or, même dans un environnement qui favorise la prise de poids, la variation entre individus reste forte. Une grande part de cette différence, sans tout expliquer, vient de la génétique.

Et ce constat change la lecture du sujet. Parler de gènes, pour lui, ne revient pas à fournir une excuse. Cela revient à chercher les mécanismes biologiques derrière un phénomène de santé.

Ce que disent les études sur les jumeaux

La base scientifique de cette idée repose largement sur les travaux menés chez les jumeaux. Les jumeaux identiques partagent, en pratique, la totalité de leur patrimoine génétique. Les faux jumeaux en partagent environ 50 %, comme des frères et sœurs.

En comparant des milliers de paires, les chercheurs peuvent mesurer le poids de l’hérédité sur un trait humain. Pour le poids corporel, l’héritabilité se situe entre 40 et 70 %. Le spécialiste compare ce chiffre à celui de la taille, estimé autour de 85 %, un trait dont la composante génétique n’est presque jamais contestée.

L’appétit, vrai centre de commande

Le point le plus intéressant est sans doute là. La génétique du poids est aussi, explique-t-il, la génétique de la façon dont le cerveau influence notre envie de manger, autrement dit notre appétit.

Cet appétit repose sur trois dimensions. La faim d’abord. La satiété ensuite, du confort après le repas jusqu’au trop-plein. Et puis la récompense, cette sensation agréable associée au fait de manger.

Trois mécanismes, un même équilibre

Ces fonctions ne sont pas gérées au même endroit. La faim dépend de l’hypothalamus, situé à la base du centre du cerveau. La satiété passe surtout par l’arrière-cerveau, près de la jonction entre la tête et le cou. La récompense, elle, est liée à une zone cérébrale plus diffuse, dite hédonique.

Mais ces régions ne travaillent pas chacune dans leur coin. Elles communiquent entre elles. Le chercheur propose de les voir comme les trois points d’un triangle, avec l’appétit au milieu. Si l’un des points bouge, les deux autres sont affectés.

Les signaux du corps qui remontent au cerveau

Pour régler cet équilibre, le cerveau a besoin de deux informations. D’abord, la quantité de graisse stockée par le corps, qui renseigne sur les réserves d’énergie à long terme. Ensuite, ce qui vient d’être mangé, via des signaux de court terme envoyés par l’intestin.

Ces deux types d’informations passent par des hormones circulant dans le sang jusqu’au cerveau. Bref, derrière l’appétit, il y a un système bien plus complexe qu’un simple manque de volonté. Et c’est sans doute là que le débat sur le poids va continuer à se déplacer.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

X Tous ses articles →
Une erreur dans cet article ?

Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.

Sujets
Génétique Poids Recherche

Lisez 24matins en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources

À découvrir

La suite, sélectionnée pour vous.