En bref
- Une bactérie intestinale a aidé des souris atteintes de lupus.
- Le microbiote pourrait influencer l’inflammation liée à la maladie.
- Aucun traitement humain n’est encore en vue.
Le lupus reste une maladie difficile à contrôler. Il peut provoquer douleurs, gonflements, fatigue extrême, maux de tête ou éruptions cutanées, et les traitements actuels cherchent surtout à contenir les symptômes, pas à guérir la maladie.
C’est dans ce contexte qu’une équipe de l’University of Texas Health Science Center at San Antonio a mis en avant une piste inhabituelle, le microbiote intestinal. Dans des travaux publiés dans Nature Communications, les chercheurs disent avoir identifié, pour la première fois, une bactérie dont le manque est étroitement associé au début du lupus, et dont le retour améliore plusieurs marqueurs de la maladie chez la souris.
Une maladie encore sans remède, mais une nouvelle cible
La forme la plus courante, le lupus érythémateux systémique, touche environ 1,5 million de personnes aux États-Unis. Quand la maladie n’est pas prise en charge, elle peut aussi endommager les reins jusqu’à rendre une greffe nécessaire.
Bref, l’enjeu est là. Les chercheurs avancent sur les causes, les facteurs déclencheurs et de nouvelles approches thérapeutiques, mais cette fois l’intérêt tient à un point précis, une bactérie intestinale potentiellement protectrice.
La bactérie qui manque quand le lupus apparaît
Cette bactérie s’appelle Faecalibacterium prausnitzii. Elle n’est pas nouvelle en soi. On sait déjà qu’elle fait partie des bactéries intestinales dites bénéfiques les plus abondantes et que les personnes atteintes d’un lupus non traité en présentent moins dans leur microbiote.
Elle aide aussi l’intestin à digérer les fibres et contribue à maintenir en bon état la barrière entre le côlon et le reste du corps. Pour Laurence Morel, microbiologiste à UT Health San Antonio, c’est la première fois qu’en recherche sur le lupus une bactérie identifiée comme déficitaire montre un effet utile quand elle est réintroduite. Elle résume cela ainsi : « C’est la première fois, dans la recherche sur le lupus, que nous identifions une bactérie appauvrie et que, lorsqu’on la réintroduit, elle aide. »
Chez la souris, plusieurs marqueurs repartent dans le bon sens
L’équipe a étudié les gènes activés par F. prausnitzii et les substances qu’elle produit. Elle a observé qu’en son absence, la quantité de butyrate, un acide gras à chaîne courte, baisse. Résultat, les cellules à mucine qui protègent la paroi intestinale sont abîmées.
Quand la bactérie est administrée à des souris modèles du lupus, le système se rééquilibre. La digestion des fibres s’améliore, des cellules anti-inflammatoires deviennent plus nombreuses et des effets favorables apparaissent aussi dans la rate et les reins. Yong Ge, autre microbiologiste de l’équipe, dit avoir été très surpris qu’une seule souche probiotique puisse produire des effets d’une telle ampleur.
Pourquoi il ne faut pas parler de traitement prêt à l’emploi
Mais on en est encore loin. L’expérience a été menée chez de jeunes souris, avant l’âge où les symptômes du lupus apparaissent. Et F. prausnitzii pose deux problèmes concrets, elle survit mal à l’oxygène et ne reste pas longtemps dans l’organisme.
L’équipe veut donc comprendre comment les substances fabriquées par la bactérie agissent sur les cellules immunitaires, pour voir si cet effet peut être reproduit dans un médicament. Elle compte aussi étudier l’impact de l’alimentation, puisque le régime modifie directement le microbiote et pourrait influencer les niveaux de cette bactérie comme les marqueurs du lupus.