En bref
- 14 troubles partagent cinq bases génétiques communes
- Schizophrénie et bipolarité se recouvrent fortement
- Le diagnostic psychiatrique pourrait évoluer
La frontière entre schizophrénie et trouble bipolaire paraît moins nette qu’on le pensait. Des chercheurs rapportent que 70 % du signal génétique associé à la schizophrénie est aussi lié à la bipolarité, un niveau de recouvrement qui relance la question de leur séparation en deux diagnostics distincts.
Un résultat qui brouille les frontières
Le point le plus marquant de cette série de travaux est là. Pour l’équipe, ces deux troubles partagent une part si importante de leur architecture génétique qu’il devient difficile de les regarder comme totalement isolés l’un de l’autre.
Andrew Grotzinger, professeur adjoint de psychologie et de neurosciences à CU Boulder, explique que, génétiquement, ces troubles se ressemblent davantage qu’ils ne se distinguent. Selon lui, comprendre ce socle commun pourrait ouvrir la voie à des stratégies de traitement moins fragmentées, au lieu d’additionner plusieurs médicaments ou plusieurs psychothérapies séparées.
Cinq signatures pour 14 troubles
L’étude la plus récente, publiée en décembre 2025 dans Nature, a analysé l’ADN de plus d’un million de personnes ayant reçu au moins un diagnostic parmi 14 troubles psychiatriques. En face, 5 millions de personnes sans diagnostic ont servi de comparaison.
Résultat, cinq signatures génétiques principales concentrent la majorité du risque. Un groupe réunit les troubles à dimension compulsive, comme l’anorexie mentale, le syndrome de Tourette et les troubles obsessionnels compulsifs. Un autre rassemble dépression, anxiété et stress post-traumatique. Les troubles liés à l’usage de substances forment un troisième ensemble. L’autisme et le TDAH se retrouvent dans un quatrième, ce qui peut aider à comprendre leurs symptômes proches ou leur coexistence fréquente.
Ce travail prolonge une première avancée annoncée en février 2025. Des chercheurs avaient alors montré que huit pathologies psychiatriques partageaient déjà une base génétique commune.
Pourquoi ces gènes comptent autant
Derrière cette cartographie, il y a un autre niveau de lecture. En 2019, des chercheurs avaient identifié 109 gènes associés, selon différentes combinaisons, à huit troubles, dont l’autisme, le TDAH, la schizophrénie et la bipolarité.
Puis, dans l’étude parue en février 2025 dans Cell, l’équipe a examiné près de 18 000 variations de gènes communs ou spécifiques. Elles ont été introduites dans des cellules précurseurs destinées à devenir des neurones, afin d’observer leur effet sur l’expression des gènes pendant le développement humain. Les chercheurs ont ainsi isolé 683 variants influençant la régulation génétique, avant de les étudier aussi dans des neurones de souris en développement.
Ces variants dits pléiotropes, c’est-à-dire capables d’agir sur plusieurs traits ou plusieurs maladies, montrent davantage d’interactions entre protéines et restent actifs dans plus de types de cellules cérébrales que les variants propres à un seul trouble.
Vers des traitements moins cloisonnés
Le diagnostic psychiatrique repose encore surtout sur ce que le clinicien observe en consultation. Or beaucoup de patients cumulent plusieurs diagnostics, ce qui complique le traitement. Pour Andrew Grotzinger, ces travaux apportent l’indice le plus solide à ce jour que des troubles portant aujourd’hui des noms différents pourraient relever des mêmes mécanismes biologiques.
Won souligne de son côté que la pléiotropie a longtemps été vue comme un problème de classification. Mais si sa base génétique est mieux comprise, elle pourrait permettre de viser des facteurs communs avec une thérapie unique.
L’enjeu dépasse largement le laboratoire. La World Health Organization estime qu’une personne sur sept, soit près d’un milliard d’individus, vit avec une forme de trouble psychiatrique. Et là, clairement, la façon de diagnostiquer et de traiter pourrait changer dans les années qui viennent.