En bref
- Le parquet demande un procès sur Qatar 2022
- Une voix de l’Océanie aurait été neutralisée
- Le juge d’instruction doit désormais trancher
Avant même de parler d’argent, c’est une voix manquante qui intéresse la justice française. Celle de Reynald Temarii, représentant de l’OFC, au moment du vote qui a attribué la Coupe du monde 2022 au Qatar.
Le Parquet national financier a requis le renvoi de quatre personnes devant un tribunal. Parmi elles, Mohammed Bin Hammam, ex-patron de la Confédération asiatique, visé par un mandat d’arrêt international depuis 2023, et Reynald Temarii, ancien vice-président de la confédération océanienne.
Une voix absente au moment décisif
Retour en 2010. Suspendu un an par la Fifa pour une infraction au code éthique, Reynald Temarii se retrouve dans une situation très particulière. S’il accepte la sanction, l’OFC peut le remplacer pour le scrutin du 2 décembre. S’il fait appel, aucun remplaçant ne peut voter.
C’est ce second scénario qui finit par s’imposer, alors que l’Océanie était censée soutenir l’Australie ou les États-Unis. Pour le PNF, l’objectif était clair, empêcher un vote défavorable à l’émirat. Plusieurs proches du dossier ont, eux, dénoncé un chantage exercé à l’époque par la Fifa.
Le rôle central prêté à Bin Hammam
Une semaine avant le vote, Mohammed Bin Hammam invite Reynald Temarii et sa compagne à Kuala Lumpur. L’accusation estime qu’il a alors proposé l’assistance de ses avocats, ou la prise en charge des frais de défense.
Après la désignation du Qatar, les deux hommes échangent encore des courriels de soutien. Puis, début 2011, plus de 300 000 euros transitent via deux sociétés, selon l’accusation. Le PNF y voit la trace d’un schéma corruptif destiné à fausser le jeu du vote.
Deux proches mis en cause, des défenses déjà offensives
Le parquet vise aussi Géraldine Lesieur, ancienne avocate de Reynald Temarii, ainsi que Jean-Charles Brisard, consultant et ex-époux de celle-ci. Géraldine Lesieur est soupçonnée d’avoir poussé son client à faire appel.
Un email du 30 novembre 2010 pèse dans le dossier. Elle y explique que Reynald Temarii voulait renoncer, mais qu’elle lui a demandé de repousser sa décision de 24 heures. Pendant ce délai, Jean-Charles Brisard aurait transmis une note présentée comme trompeuse pour dramatiser les risques. Leurs avocats contestent fermement ces accusations.
Ce que le juge doit encore trancher
Rien n’est joué, mais un cap est franchi. Un juge d’instruction doit maintenant décider s’il suit ou non ces réquisitions et ouvre un vrai procès.
En parallèle, un autre volet continue. Il porte sur un déjeuner à l’Élysée en novembre 2010, auquel ont notamment participé Nicolas Sarkozy et Michel Platini. Pour Anticor, partie civile, une audience sur ce dossier serait essentielle. Ce dossier rappelle surtout une chose, le football mondial ne se joue pas seulement sur la pelouse.