En bref
- MMX vise un prélèvement inédit sur Phobos
- Idefix préparera l’atterrissage de la sonde
- La mission pourrait éclairer les origines du vivant
Rapporter de la matière depuis Phobos, l’une des lunes de Mars, voilà le cœur de la mission MMX. Si tout se déroule comme prévu, ce sera une première mondiale, avec en plus deux contributions françaises embarquées à bord.
Un aller-retour spatial avec un objectif très précis
La fusée H3 de l’agence japonaise Jaxa doit décoller mardi depuis le centre spatial de Tanegashima, dans le sud du Japon, avec la sonde Martian Moons eXploration. Cette mission réunit aussi le Cnes, la Nasa, l’ESA et le DLR.
Après environ un an de trajet, la sonde doit passer trois ans près de la planète rouge, en orbite autour de Phobos, à quelque 6 000 kilomètres de Mars. L’idée, ensuite, est de se poser sur cette lune et d’en prélever au moins 10 grammes.
Idefix et Mirs, les deux briques françaises de la mission
Avant ce prélèvement, le rover Idefix, baptisé en référence au chien d’Astérix, doit jouer un rôle de repérage. Il observera la surface et servira d’éclaireur pour sécuriser l’atterrissage de la sonde. Bon, dit autrement, c’est lui qui ira voir le terrain avant la manœuvre la plus délicate.
L’autre apport français s’appelle Mirs. Ce spectromètre, développé par le Cnes et l’Observatoire de Paris-PSL, aidera à sélectionner les zones les plus intéressantes pour les prélèvements. L’astronome Antonella Barucci, responsable scientifique de Mirs, résume sa fonction ainsi, choisir les meilleurs sites d’échantillonnage.
Pourquoi Phobos intéresse autant les scientifiques
La mission ne se limite pas à un exploit robotique. Elle doit aussi observer Deimos, l’autre lune de Mars, sans s’y poser, afin de mieux comprendre la formation du système martien.
Deux grandes hypothèses sont sur la table. Soit Phobos et Deimos sont nées après un impact géant sur Mars, soit ce sont d’anciens astéroïdes capturés par sa gravité. Ce point compte beaucoup, parce qu’il touche à la naissance du Système solaire.
L’astrophysicien Patrick Michel, du CNRS, expliquait déjà que MMX devait éclairer les mécanismes ayant acheminé l’eau, les éléments volatils et les composés organiques vers les planètes rocheuses internes. Si les lunes martiennes gardent la trace de ces transports anciens, elles pourraient livrer des indices sur les matériaux qui ont favorisé l’émergence de la vie sur Terre.
Une course mondiale aux échantillons, avec Mars en ligne de mire
La Jaxa voit aussi Phobos comme une possible station spatiale naturelle, utile pour définir ce qu’exigerait un aller-retour vers Mars dans la perspective d’une exploration habitée.
Le Japon a déjà un précédent solide avec Hayabusa-2, qui a rapporté en 2020 5,4 grammes de roches et de poussières d’un astéroïde. Et la compétition s’accélère. Le rover Perseverance de la Nasa a déjà collecté des échantillons martiens, mais leur retour a été stoppé de fait après un vote du Congrès américain en janvier, sous le gouvernement du président Donald Trump. La Chine, de son côté, prévoit de lancer Tianwen-3 vers 2028 pour tenter un retour d’échantillons martiens autour de 2031, potentiellement avant MMX.