En Indonésie, la glace carbonique testée face aux fumées

L’Indonésie a dispersé 2,4 tonnes de glace carbonique pour tenter de réduire un brouillard toxique qui perturbe une partie de l’Asie du Sud-Est.

Blocs de glace carbonique en gros plan
Image d'illustration. 2,4 tonnes ont été dispersées en essai. — ADN

En bref

  • 2,4 tonnes épandues par avion
  • Alerte maximale dans l’Asean méridionale
  • Santé, écoles et travail touchés

L’Indonésie a répandu samedi 2,4 tonnes de glace carbonique dans le ciel au-dessus d’un des principaux aéroports de Sumatra du Sud, en plein épisode de brouillard toxique provoqué par les feux de forêt. L’objectif, tenter de dissiper des fumées qui étouffent depuis des semaines une partie de l’Asie du Sud-Est.

Une riposte d’urgence au-dessus de Sumatra

L’opération a été confirmée par l’agence nationale indonésienne de réduction des risques de catastrophe. La glace carbonique, c’est du dioxyde de carbone solide, a été larguée par avion. La méthode n’est pas nouvelle, elle remonte aux années 1940, mais ses résultats sont souvent jugés limités.

Le choix de viser la zone d’un aéroport dit quand même l’ampleur du problème. La fumée réduit la visibilité, perturbe les vols et complique les déplacements, en plus de son impact sanitaire.

L’alerte maximale activée dans la région

La crise ne s’arrête pas aux frontières de l’Indonésie. Les fumées se sont propagées vers la Malaisie, Singapour et le Timor oriental. Vendredi, le Centre météorologique spécialisé de l’Asean, l’ASMC, a activé le niveau d’alerte 3 pour la partie méridionale de l’organisation, soit le plus élevé d’un dispositif qui en compte quatre.

L’organisme estime qu’il existe un risque élevé de brouillard dense transfrontalier dans la région. Ce point est important, parce qu’il traduit un phénomène régional, pas une simple pollution locale.

Santé, écoles, travail, une vie quotidienne dégradée

Depuis un mois, et même davantage selon plusieurs témoignages, cet épisode de fumées a entraîné des fermetures d’écoles, une hausse des problèmes respiratoires et une forte limitation des activités en extérieur. Dans plusieurs villes, le ciel s’est chargé au point de changer de couleur.

À Palangkaraya, en Indonésie, un épais brouillard a teinté le ciel de jaune et d’orange cette semaine. Marzuki, mécanicien de 38 ans, résume l’effet sur le terrain, « Le brouillard a un gros impact sur nous, surtout sur la santé et l’économie, avec une baisse de nos revenus ».

Même constat pour Joko, ouvrier journalier de 51 ans, qui continue à travailler malgré tout. Il raconte, « La fumée épaisse, quand on la respire, rend la respiration difficile, et ça brûle les yeux, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? »

Des habitants exaspérés et des appels à agir

En Malaisie, l’agacement monte. À Kuala Lumpur, Khairul Azhar, employé de banque de 33 ans, juge la situation « un peu injuste pour la Malaisie à cause du comportement irresponsable de notre pays voisin ».

Un enseignant de 39 ans, Zul Hafiz, croisé à Shah Alam alors qu’il roulait vers Kuala Lumpur, a lancé un appel direct à l’Asean. Ses mots sont simples, « Cette situation doit cesser ». La suite se jouera donc aussi sur le terrain diplomatique, alors que le brouillard continue de peser sur toute la région.

Jérôme Nelra

Spécialiste International

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