Sébastien de Montessus, l’Afrique comme horizon minier

Passé par la banque d'affaires et le nucléaire avant de s'imposer dans l'industrie aurifère, le dirigeant français a consacré une grande partie de sa carrière au développement de mines africaines. Désormais à la tête de Mansa Resources, il participe à une nouvelle étape de la transformation du secteur, où les capitaux africains prennent une place grandissante aux côtés des investisseurs internationaux.

Sébastien de Montessus
Sébastien de Montessus — Sébastien de Montessus / ADN
Dans l’industrie minière, les carrières se construisent sur des cycles longs. Entre la découverte d’un gisement et sa mise en exploitation, plusieurs années peuvent s’écouler, ponctuées de décisions d’investissement, de négociations avec les autorités et de défis techniques. Sébastien de Montessus connaît bien cette temporalité. Depuis près de vingt ans, ce Français de 52 ans évolue dans un univers où les perspectives de rentabilité se mesurent autant à la qualité des ressources souterraines qu’à la capacité de développer des projets industriels dans des environnements complexes.Sa nomination, début 2026, à la direction de Mansa Resources marque une nouvelle étape de ce parcours. La société, adossée notamment à des investisseurs ouest-africains et internationaux, ambitionne de développer plusieurs actifs aurifères en Guinée et au Liberia. Elle illustre une évolution plus large : la montée en puissance d’acteurs financiers africains dans une industrie longtemps dominée par les grands groupes occidentaux.Pour Sébastien de Montessus, ce nouveau projet s’inscrit dans la continuité d’une carrière étroitement liée au continent.

De la finance à l’industrie

Son parcours n’avait pourtant rien d’évident. Diplômé de l’ESCP en 1999, il commence sa carrière à Londres, chez Morgan Stanley, dans les fusions-acquisitions. Il y découvre les mécanismes de financement et de rapprochement d’entreprises, avant de tenter une première expérience entrepreneuriale dans les télécommunications.

En 2002, il rejoint Areva, alors l’un des grands noms français de l’industrie nucléaire. D’abord affecté à la stratégie, il se rapproche progressivement des activités opérationnelles, jusqu’à prendre en 2007 la direction de la branche Mines du groupe. Il n’a que 33 ans.

Cette période constitue un tournant. L’exploitation de l’uranium le familiarise avec une industrie particulièrement exigeante en capitaux, en compétences techniques et en relations avec les États. Une mine ne se gère pas comme une entreprise de services. Les contraintes géologiques, les infrastructures, les coûts énergétiques ou encore les conditions de sécurité peuvent modifier profondément l’équilibre économique d’un projet.

Le dirigeant découvre aussi les réalités du secteur extractif africain, où l’activité industrielle ne peut être dissociée des enjeux de souveraineté et de développement local.

En 2012, il prend la direction de La Mancha, société minière passée sous le contrôle de la famille de l’homme d’affaires égyptien Naguib Sawiris. Il participe à la réorganisation de son portefeuille d’actifs et au développement d’une stratégie d’investissement dans l’or. Trois ans plus tard et sous son leadership, La Mancha devient l’actionnaire de référence d’Endeavour Mining, dont Sébastien de Montessus prend la direction générale en 2016.

Une décennie de consolidation aurifère

C’est chez Endeavour Mining qu’il transforme véritablement l’essai en créant un groupe minier d’envergure mondiale, côté à Toronto et à Londres. Le groupe, alors engagé dans une stratégie de développement en Afrique de l’Ouest, connaît sous sa direction une importante transformation.

L’acquisition de Semafo en 2020, puis celle de Teranga Gold en 2021, permettent à Endeavour Mining de devenir le premier producteur d’or en Afrique de l’Ouest,. Endeavour devient l’un des principaux producteurs d’or du continent, avec des opérations notamment en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Sénégal. Son entrée dans l’indice FTSE 100 de la Bourse de Londres, en 2021, marque une étape symbolique de cette croissance.

Au-delà des acquisitions, la stratégie repose sur une sélection des actifs, et une concentration des investissements sur les mines jugées les plus prometteuses. Le développement du complexe d’Ity, en Côte d’Ivoire, et celui de Houndé, au Burkina Faso, témoignent de cette volonté d’articuler croissance et maîtrise des coûts.

En 2022, Endeavour produit environ 1,4 million d’onces d’or. Un volume qui la place parmi les acteurs importants du secteur à l’échelle mondiale.

Cette expansion traduit une approche essentiellement industrielle : identifier des gisements, mobiliser les financements nécessaires, développer les capacités de production et rationaliser le portefeuille. Mais elle s’inscrit également dans une période favorable à la concentration du secteur, où la taille des entreprises devient un atout pour accéder aux marchés financiers.

Le modèle comporte néanmoins ses contraintes. En Afrique de l’Ouest, la hausse des coûts de production, les difficultés sécuritaires et l’évolution des politiques minières pèsent sur les opérateurs qui se reposent sur leurs acquis sans se réinventer constamment. La performance ne dépend pas uniquement des choix de gestion, mais aussi de facteurs géopolitiques et économiques que les entreprises maîtrisent imparfaitement.

Le pari d’une nouvelle génération de groupes africains

Avec Mansa Resources, Sébastien de Montessus retrouve en 2026 un secteur qu’il connaît particulièrement bien, mais dans une configuration différente.

Le projet s’appuie notamment sur l’entrepreneur burkinabè Idrissa Nassa, fondateur de Coris Bank International, ainsi que sur des partenaires financiers internationaux. Son ambition consiste à développer un ensemble d’actifs miniers en Afrique de l’Ouest, en commençant par la mine de Kouroussa, en Guinée, et le projet de Dugbe, au Liberia.

Ces deux actifs présentent des caractéristiques distinctes. Le premier est une exploitation existante dont les performances doivent être consolidées. Le second constitue un projet de développement nécessitant encore d’importants investissements avant de pouvoir entrer en production.

Ce choix reflète une tendance qui gagne le secteur aurifère : plutôt que de miser exclusivement sur la découverte de nouveaux gisements, certains investisseurs privilégient la reprise et la restructuration de projets déjà identifiés, mais dont le potentiel industriel ou financier reste à concrétiser.

Pour Mansa Resources, le défi sera précisément de transformer ces perspectives en résultats. La hausse du cours de l’or offre un contexte favorable, mais elle ne dispense ni de la discipline financière ni de la maîtrise des risques opérationnels.

Le groupe devra également répondre aux attentes des autorités locales, de plus en plus attentives aux retombées économiques de l’extraction minière : recettes fiscales, emplois, sous-traitance nationale et transformation locale des ressources.

L’équation africaine

Cette évolution dépasse le seul parcours de Sébastien de Montessus. Elle accompagne un mouvement de recomposition de l’industrie extractive africaine, dans lequel les États producteurs cherchent à accroître leur maîtrise des ressources tandis que de nouveaux investisseurs régionaux ambitionnent de prendre davantage de responsabilités.

L’enjeu est considérable. L’Afrique de l’Ouest dispose d’importantes réserves aurifères, mais leur exploitation demeure tributaire de financements internationaux, d’infrastructures parfois insuffisantes et d’un environnement politique mouvant.

Pour les entreprises, la difficulté consiste à concilier des impératifs qui ne se recoupent pas toujours : assurer une rentabilité suffisante aux investisseurs, maintenir des relations durables avec les gouvernements et répondre aux attentes des populations riveraines.

L’expérience accumulée par Sébastien de Montessus dans plusieurs pays de la région constitue, dans ce contexte, un atout.

De Londres à Abidjan, en passant par le nucléaire français et les mines d’or ouest-africaines, le dirigeant a suivi une trajectoire peu commune, à la croisée de la finance et de l’industrie lourde.

Avec Mansa Resources, il s’engage désormais dans une configuration où le capital africain doit jouer un rôle bien plus affirmé. Une manière de prolonger son parcours, mais aussi de prendre part à une transformation plus profonde du secteur minier : celle du passage progressif d’une industrie principalement portée par des groupes étrangers à un paysage où les acteurs industriels et financiers du continent deviennent des acteurs de premier plan Cette évolution fait particulièrement écho à son parcours. Sébastien de Montessus possède en effet une connaissance fine de l’Afrique, de ses réalités et de ses talents, auxquels il est profondément attaché. Tout au long de sa carrière, il s’est attaché à promouvoir le développement des compétences locales, réduisant fortement le recours aux expatriés sur les sites dont il avait la responsabilité et offrant à de nombreux talents africains l’opportunité d’accéder à des fonctions de premier plan. Cette conviction que la réussite durable du secteur passe par l’émergence des compétences locales s’inscrit naturellement dans la dynamique qu’il souhaite donner au sein de Mansa Resources.

La rédaction

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