En bref
- Trop penser au sommeil peut l’abîmer
- Le jour pèse plus que la soirée
- Se lever à heure fixe aide
Vouloir dormir parfaitement peut, parfois, vous tenir éveillé. C’est le paradoxe mis en avant par Roser Gort, psychologue spécialisée dans le sommeil, qui estime que cette pression autour du repos finit par gêner l’endormissement au lieu de l’aider.
En Espagne, on dort en moyenne moins de sept heures par nuit, donc sous les recommandations habituelles des spécialistes. Les raisons varient, entre choix de vie, difficulté réelle à dormir assez longtemps ou causes médicales. Mais Roser Gort pointe aussi un autre facteur, plus discret, cette forme d’obsession du bon sommeil.
Quand le sommeil devient une performance
Lors d’une intervention dans l’émission Hoy por Hoy, sur Cadena Ser, Roser Gort a décrit une logique de productivité qui déborde partout. Travail, sport, vie sociale, réseaux sociaux, puis même retour à la maison, avec un nouvel objectif, réussir la meilleure nuit possible.
Elle résume cette mécanique ainsi : « Nous nous obsédons avec l’idée de bien dormir, et c’est justement ce qui nous en empêche ». Dit autrement, le repos devient une tâche à accomplir. Et quand le cerveau traite la nuit comme un examen, il a souvent du mal à lâcher prise.
Les montres connectées dans le viseur
Cette fixation passe aussi par les outils censés nous rassurer. Roser Gort observe que beaucoup de personnes mesurent désormais leur sommeil avec une montre, là où les professionnels du sujet ne le font généralement pas.
Dans la même prise de parole, elle expliquait que cette habitude relevait davantage d’une logique commerciale que d’une logique de santé. Son constat est simple, les objets qui surveillent chaque nuit peuvent renforcer la focalisation sur les heures dormies, les réveils, les scores. Résultat ? On regarde le repos comme une donnée à optimiser, pas comme un état à retrouver.
La nuit se prépare surtout pendant la journée
L’autre idée forte de Roser Gort, c’est que tout ne se joue pas dans l’heure avant le coucher. Selon elle, il faut arrêter de penser que la nuit dépend uniquement de la routine du soir. Le vrai terrain de préparation, c’est la journée.
Une heure calme avant de dormir ne compense pas forcément un jour entier de stress, de préoccupations ou de décisions accumulées. Et il n’existe pas de recette universelle. Mieux vaut identifier ce qui aide chacun à se détendre. Si les mauvaises nuits deviennent fréquentes, l’experte recommande aussi de chercher ce qui, dans la journée, peut les provoquer. Les causes peuvent être très différentes, avec des facteurs hormonaux, respiratoires, ou liés aux habitudes et au stress.
L’heure du réveil, repère clé pour le corps
Sur ses réseaux sociaux, Roser Gort insiste sur un point très concret, l’heure du lever devrait rester la même chaque jour. Elle explique que, dès l’ouverture des yeux, le corps lance une sorte de chronomètre qui prépare l’arrivée du sommeil environ 16 heures plus tard.
Elle le formule ainsi : « Votre nuit se décide le matin ». Et lorsque l’horaire change sans cesse, 6 heures un jour, 10 heures le week-end, le corps perd ses repères. Pour elle, cela ressemble à un jet lag permanent, sans avoir pris l’avion. Derrière le conseil très simple, on voit surtout une idée plus large : bien dormir ne se joue pas seulement la nuit.