En bref
- La plupart des maux de dos ne signalent pas une lésion
- Les scans ne sont pas toujours utiles
- Bouger reste l’aide la plus constante
On associe vite le mal de dos à un dos « abîmé ». C’est souvent faux. Dans l’immense majorité des cas, la douleur est dite non spécifique, sans fracture, infection, arthrite ou cancer identifiables. Pourtant, le phénomène pèse lourd, avec 619 millions de personnes concernées dans le monde aujourd’hui, et 843 millions attendues d’ici 2050. Le journal The Lancet Rheumatology parle même d’épidémie mondiale, sur fond de handicap, de sommeil dégradé et de vie quotidienne compliquée.
Douleur ne veut pas toujours dire lésion
Un épisode aigu peut disparaître en quelques semaines ou quelques mois. Le cap des trois mois, lui, fait entrer dans la douleur chronique. Entre 4 % et 25 % des personnes touchées par un épisode aigu y basculent ensuite. Au Royaume-Uni, le coût annuel approche 6 milliards d’euros (5 milliards de livres sterling). Aux États-Unis, traitements et pertes de productivité montent à environ 585 milliards d’euros (635 milliards de dollars).
Les signes qui imposent de consulter
Pour Ruth Newsome, kinésithérapeute spécialisée au sein de Sheffield Teaching Hospitals NHS Trust, la plupart des douleurs lombaires ne sont ni graves ni inquiétantes. En l’absence d’autres symptômes, elle conseille d’attendre quatre à six semaines avant de consulter.
Pendant ce délai, on peut essayer des anti-inflammatoires comme l’ibuprofène, garder un peu de mouvement, utiliser une poche de petits pois surgelés enveloppée dans une serviette contre la douleur ou le gonflement, et une bouillotte contre la raideur. En revanche, engourdissements dans le bas du corps, difficulté à uriner, douleur thoracique, perte de poids inexpliquée ou fièvre persistante doivent pousser à voir un médecin rapidement.
Pourquoi les scanners peuvent compliquer les choses
Radiographie et IRM ont leur utilité pour écarter des problèmes rares. Mais l’imagerie repère aussi des signes d’usure ordinaires avec l’âge, comme des disques bombés ou des ligaments lésés, qui ne prédisent pas forcément la douleur actuelle ou future. Une grande revue publiée dans l’European Journal of Pain le souligne.
Et ce n’est pas anodin. Une étude de 2020 menée sur environ 400 000 patients en soins primaires aux États-Unis a montré que ceux qui passaient une IRM pour un mal de dos recevaient ensuite plus souvent des opioïdes et subissaient davantage de chirurgie du dos. Un an plus tard, ils avaient aussi plus mal.
Bouger aide plus que la chasse à la posture parfaite
Le conseil qui revient, c’est simple, bouger. Pour Kieran O’Sullivan, de l’University of Limerick, le meilleur exercice est surtout celui qu’une personne acceptera de faire dans la durée. Marche, natation, salle, peu importe. Même avec une douleur, rester actif reste considéré comme sûr.
À l’inverse, les preuves manquent sur les chaises ergonomiques, les semelles ou les formations apprenant à se pencher « correctement ». Les études ne montrent pas de lien clair entre posture avachie et douleur du dos, ni entre dos rond pour porter une charge et risque accru.
Quand la douleur dure, le cerveau entre aussi en jeu
La douleur est réelle, mais elle est aussi produite par le cerveau. C’est le principe de la Pain Reprocessing Therapy. Dans un essai clinique randomisé publié en 2021, l’équipe de Yoni Ashar, à l’University of Colorado, a observé qu’un an plus tard, deux tiers des patients traités étaient sans douleur ou presque, contre un cinquième dans les groupes témoins. Il résume l’idée ainsi : « Nous amenons les gens à se raconter une autre histoire sur leur douleur. »
Autre piste, la Cognitive Functional Therapy. En Australie, un essai sur 492 patients souffrant de lombalgie chronique a trouvé moins de douleur, moins de limitations, et davantage de confiance au bout d’un an. Ce que ça dit, au fond, est assez net : pour le mal de dos, la suite se joue moins dans la quête de la position parfaite que dans une prise en charge plus large, plus patiente, et mieux ciblée.