Pauvreté infantile, santé fragilisée : l’alerte des pédiatres

En Espagne, la pauvreté des enfants n’est plus seulement vue comme un problème social. Des pédiatres demandent d’en faire une priorité de santé publique.

Enfant absorbé par un téléphone au salon
Image d'illustration. Les enfants sont plus concernés par l’usage. — ADN

En bref

  • 34,8 % des mineurs sont en risque social
  • Les pédiatres parlent d’un enjeu de santé
  • Ils demandent des mesures durables

En Espagne, 34,8 % des enfants et adolescents vivent avec un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Ce niveau, mesuré par l’indicateur AROPE de l’Union européenne, place le pays parmi les plus touchés du continent. Et c’est bien ce qui inquiète l’Association espagnole de pédiatrie et la Société espagnole de pédiatrie sociale, qui estiment que cette réalité ne peut plus être traitée comme un simple sujet social.

Un chiffre qui installe la crise dans la durée

Les deux organisations relèvent un point assez rude. Alors que la situation s’améliore légèrement dans d’autres groupes de population, celle des plus jeunes reste bloquée à un niveau élevé. Autrement dit, la pauvreté infantile s’installe, et avec elle des inégalités qui ne passent pas.

Pour les pédiatres, banaliser ce phénomène revient à accepter une inégalité qui pèse déjà sur le présent de milliers d’enfants et d’adolescents, tout en abîmant le futur de l’ensemble de la société.

Pourquoi les pédiatres parlent d’un enjeu de santé

Le cœur de leur message est là. La pauvreté n’est pas seulement un manque d’argent, c’est un déterminant de santé. La littérature scientifique, rappellent-ils, montre qu’elle agit dès les premières étapes de la vie.

Concrètement, elle joue sur l’espérance de vie, augmente le risque d’obésité infantile, fragilise la santé mentale et affecte le développement physique, cognitif et émotionnel. En gros, elle réduit les chances réelles pour un enfant d’atteindre tout son potentiel.

Ce que la pauvreté change dans la vie quotidienne

Cette pression se voit d’abord dans l’accès aux soins. Manger correctement, consulter un dentiste, bénéficier d’un suivi psychologique ou accéder à certains recours sanitaires dépend encore trop souvent des moyens financiers de la famille.

Même logique à l’école. Le manque de fournitures, les difficultés de transport, la fracture numérique ou l’impossibilité de participer à des activités extrascolaires ferment des portes très tôt.

Et il y a le logement, qui résume souvent tout le reste. Vivre à l’étroit, subir la précarité énergétique, cohabiter avec l’humidité ou vivre sous la menace d’une perte du domicile a un effet direct sur le bien-être, la santé et le développement des enfants.

Une demande de réponse durable, pas ponctuelle

Face à ce constat, l’Association espagnole de pédiatrie et la Société espagnole de pédiatrie sociale demandent des mesures efficaces et continues pour faire reculer la pauvreté infantile. Leur idée est simple, mais lourde de conséquences : garantir les droits des enfants ne devrait jamais dépendre des revenus d’un foyer ni des priorités du moment.

Le sujet dépasse donc l’urgence sociale. Pour ces organisations, investir dans les enfants les plus vulnérables améliore leur qualité de vie aujourd’hui, mais prépare aussi, à moyen terme, une société plus saine, plus équitable et avec davantage d’opportunités.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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