En bref
- Le dépistage précoce de Parkinson progresse nettement
- Un stylo, un clavier et l’œil sont étudiés
- Certains tests visent jusqu’à 20 ans d’avance
Le dépistage de Parkinson pourrait bientôt passer par des objets banals. Un stylo, un clavier, voire un simple examen des yeux. Ce qui change, ce n’est pas seulement la technique, c’est le moment où la maladie pourrait être repérée, parfois bien avant les premiers tremblements.
Le diagnostic pourrait quitter le cabinet spécialisé
Aujourd’hui, il n’existe pas de test unique et définitif pour identifier la maladie. Le diagnostic repose encore sur l’apparition de signes moteurs, comme les tremblements, la lenteur des mouvements ou la raideur musculaire, puis sur l’observation de tâches concrètes, par exemple l’écriture ou la parole.
Pour Hermona Soreq, les maladies neurodégénératives en sont encore au stade où le cancer se trouvait il y a cinquante ans. Elle résume la limite actuelle ainsi : « On pose le diagnostic quand il est trop tard pour traiter, quand toutes les cellules nerveuses endommagées sont déjà mortes, donc on ne peut pas les récupérer. »
L’idée, désormais, est d’identifier la maladie avant que les dégâts cérébraux ne deviennent irréversibles.
Un stylo et un clavier pour capter l’invisible
Dans le laboratoire de Jun Chen, à l’Université de Californie à Los Angeles, un stylo de diagnostic a été mis au point pour analyser la façon d’écrire. Sa pointe souple repose sur un matériau magnétoélastique, capable de modifier son champ magnétique selon la pression ou la flexion. En clair, des micro-gestes de la main deviennent des signaux électriques exploitables.
Le stylo, avec son encre magnétisée, enregistre les mouvements sur le papier et dans l’air. Ensuite, un modèle d’IA cherche des motifs associés aux troubles moteurs de Parkinson. Lors d’une étude pilote, le système a distingué des patients de personnes en bonne santé avec plus de 96 % de précision.
Jun Chen explique que ce mécanisme est nouveau dans les matériaux souples et qu’il permet de convertir de très faibles pressions biomécaniques en signaux électriques fidèles. Son équipe a déjà déposé un brevet et veut commercialiser l’objet. À grande échelle, son coût pourrait tomber à environ 5 euros (5$).
Et ce n’est pas tout. La même équipe a aussi conçu un clavier intelligent, capable de repérer des variations très fines dans la pression des touches et le rythme de frappe. Relié à une application mobile, il ouvre la voie à un suivi à distance et continu.
L’œil comme signal d’alerte très en amont
Autre piste, plus discrète encore, l’œil. À l’Université Laval, au Canada, Victoria Soto Linan et ses collègues travaillent sur l’électrorétinographie, un examen déjà connu qui mesure la réponse de la rétine à des flashs lumineux.
Leur raisonnement est simple. L’œil fait partie du système nerveux central et peut servir de fenêtre sur le cerveau. Des troubles visuels, comme une vision floue ou une baisse de sensibilité aux contrastes, peuvent apparaître avant les symptômes les plus connus.
L’équipe a observé une signature propre à la maladie dans les signaux rétiniens, chez des souris modifiées pour développer des symptômes proches de Parkinson, mais aussi chez des patients récemment diagnostiqués. Ce signal affaibli ressortait particulièrement chez les femmes. Chez les souris, il apparaissait avant les signes comportementaux, ce qui laisse envisager, chez l’humain, un repérage jusqu’à 20 ans plus tôt.
Pourquoi l’enjeu dépasse la seule innovation
Le sujet est loin d’être anecdotique. La maladie de Parkinson fait partie des troubles neurologiques qui progressent le plus vite. Quelque 90 000 personnes sont diagnostiquées chaque année, soit 50 % de plus qu’au milieu des années 1980. À l’échelle mondiale, 25,2 millions de personnes pourraient vivre avec la maladie en 2050, plus du double d’aujourd’hui.
Pas de guérison, des traitements limités, des causes encore mal comprises. Du coup, détecter plus tôt n’est pas un détail technique. C’est peut-être la condition pour changer la suite.