En bref
- Une piste testée après AVC ischémique
- Des résultats prometteurs chez la souris
- Rien d’applicable chez l’humain pour l’instant
Un AVC ischémique ne s’arrête pas quand l’artère se débouche. Chez beaucoup de patients, les dégâts continuent ensuite, avec un cocktail connu, stress oxydatif, inflammation du cerveau, mort de neurones et connexions nerveuses fragilisées. C’est là que se situe le nœud du problème, parce que les traitements actuels protègent partiellement, mais restent limités face aux lésions tardives.
Après l’AVC, le vrai mur reste souvent invisible
L’étude menée à l’Université nationale de Chonnam, en Corée du Sud, part précisément de cette impasse. Les chercheurs se sont intéressés à la phase qui suit la reperfusion, quand le sang revient mais que le tissu cérébral reste menacé.
Leur idée est simple sur le papier, moins banale en pratique. Utiliser non pas des cellules souches elles-mêmes, mais le secretome qu’elles libèrent, autrement dit un ensemble de molécules bioactives. On y trouve notamment des vésicules extracellulaires, des protéines à effet immunitaire, des enzymes antioxydantes et des facteurs de croissance.
Une thérapie sans greffe cellulaire à partir de la pulpe dentaire
Ce secretome provient ici de cellules souches de la pulpe dentaire humaine, les hDPSC. Le travail, dirigé par le professeur Won-Jae Kim, a évalué son effet dans un modèle de souris victime d’un AVC ischémique par photothrombose.
Won-Jae Kim explique que cette stratégie permet d’éviter plusieurs limites classiques de la greffe cellulaire, comme la faible survie des cellules transplantées, le rejet immunitaire ou encore le risque tumoral. L’objectif, selon lui, était de voir si ce secretome pouvait réduire les dommages cérébraux secondaires, calmer la neuroinflammation et accélérer la réparation neuronale.
Ce que les chercheurs ont vu dans les cellules et chez la souris
L’équipe a identifié 299 protéines présentes uniquement dans ce secretome. Plusieurs sont liées à la neuroprotection, à l’angiogenèse, à la résistance au stress oxydatif, à la régulation de l’apoptose et au contrôle de l’inflammation. Parmi elles, SOD2, GSR et GSTP1 sont associées à la défense antioxydante, tandis que GRN, CSF1 et LRP1 jouent un rôle dans la régulation de la microglie.
En laboratoire, le secretome a amélioré la viabilité des cellules microgliales, réduit le stress oxydatif et restauré la fonction mitochondriale. Il a aussi fait remonter Mfn2 et SOD1, tout en diminuant HIF-1alpha. Résultat, une bascule de la microglie du profil inflammatoire M1 vers le profil réparateur M2.
Chez la souris, les effets observés sont plus larges. Le volume de l’infarctus cérébral baisse, l’apoptose neuronale recule dans le cortex et l’hippocampe, et des voies comme Nrf2/HO-1 sont activées, pendant que TLR4, NOX1 à NOX4 et NF-KB sont freinées. Les chercheurs décrivent aussi une meilleure densité vasculaire, une reconstruction synaptique avec la synaptophysine et PSD95, ainsi qu’une hausse de la prolifération des cellules souches neurales.
Une promesse pour plus tard, pas encore un traitement
Les améliorations ne sont pas restées biologiques. Les souris traitées ont mieux réussi les tests d’équilibre, de coordination motrice et de réponses sensori-motrices. Elles ont aussi montré de meilleurs scores d’apprentissage spatial, de mémoire de travail, de mémoire associative, avec moins de comportements anxieux après l’AVC.
Publiée dans Advanced Science, l’étude reste préclinique, et c’est le point à garder en tête. Mais les chercheurs estiment qu’une standardisation des composants actifs du secretome pourrait, à terme, déboucher sur des traitements plus sûrs, plus fiables et plus accessibles pour les survivants d’un AVC. Et, si les mécanismes se confirment, cette piste pourrait dépasser l’AVC et toucher aussi Alzheimer ou Parkinson dans les prochaines années.