Canal carpien, un geste de 15 minutes peut repousser la chirurgie

Une étude indienne montre qu’une hydrodissection guidée par échographie soulage plus longtemps le syndrome du canal carpien que les corticoïdes seuls.

Sonde d’échographie sur un poignet
Image d'illustration. Un geste bref pourrait retarder l’opération. — ADN

En bref

  • Une technique sans stéroïdes a été testée.
  • Le soulagement dure plus longtemps.
  • La chirurgie pourrait parfois être évitée.

Le syndrome du canal carpien n’est pas rare, et sa fréquence augmente. Il touche au cours de la vie environ 5 à 10% de la population, avec un mécanisme bien connu, la compression du nerf médian dans un passage étroit du poignet. Résultat, engourdissements, fourmillements, faiblesse et douleur, souvent liés à des gestes répétés de la main.

Pourquoi le traitement habituel montre ses limites

Aujourd’hui, les injections de corticoïdes restent un recours classique pour calmer l’inflammation et réduire la pression sur le nerf. Mais ce soulagement n’est pas toujours durable. La docteure Anupama Tandon, du University College of Medical Sciences et de l’Hospital Guru Teg Bahadur à Delhi, rappelle que ces injections apportent souvent un bénéfice temporaire et doivent être répétées.

Elles exposent aussi à plusieurs effets indésirables locaux, comme des modifications cutanées, une perte de graisse ou un affaiblissement des tendons. Ce n’est pas anodin pour une affection qui peut durer des mois, parfois des années.

Une autre méthode testée sans stéroïdes

L’équipe indienne a évalué une hydrodissection guidée par échographie. Le principe est assez simple sur le papier, injecter du liquide autour du nerf pour le libérer des adhérences voisines et améliorer sa mobilité. Cette technique est souvent associée à des stéroïdes. Là, l’intérêt était justement de voir ce qu’elle vaut seule.

L’essai randomisé a inclus 63 patients dont le syndrome du canal carpien était confirmé et résistait aux traitements classiques. Trois groupes ont été formés, un avec sérum physiologique seul, un avec sérum physiologique plus corticoïde, et un dernier avec corticoïde seul, toujours sous guidage échographique. Les patients ont été revus à 4, 12 et 24 semaines, avec des échelles de symptômes, de douleur et de fonction, ainsi qu’une évaluation du nerf à l’échographie.

Des effets qui tiennent dans le temps

À quatre semaines, les trois groupes allaient mieux. Mais ensuite, l’écart s’est creusé.

Selon Anupama Tandon, à 12 semaines puis à 6 mois, les deux groupes traités par hydrodissection montraient une amélioration plus nette des symptômes et de la fonction, alors que les patients ayant reçu seulement un corticoïde voyaient les signes réapparaître. L’ajout de corticoïdes à l’hydrodissection n’a pas apporté de gain durable significatif face au sérum physiologique seul.

Les images vont dans le même sens. La surface du nerf médian a diminué d’environ 43 à 45% après hydrodissection, contre environ 15% avec l’injection de corticoïdes seule, ce qui suggère une baisse plus marquée de l’inflammation nerveuse.

Un geste simple, mais encore à confirmer à grande échelle

Le geste a duré en moyenne 15 minutes. Pas d’anesthésie, pas d’hospitalisation, retour au travail en une heure, et aucune complication significative observée, ni immédiatement ni plus tard. Les patients se sont aussi dits très satisfaits.

Les résultats ont été publiés dans Radiology, la revue de la Radiological Society of North America. Ils suggèrent que cette approche mini-invasive pourrait, chez certains patients avec une forme légère à modérée, retarder voire éviter une chirurgie. Mais l’équipe le souligne aussi, il faudra des études multicentriques plus larges et un suivi plus long. Un nouvel essai compare déjà différentes solutions injectées, dont le dextrose et le sérum physiologique.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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