Dépression, schizophrénie : le rôle du stress cellulaire se précise

Une étude sur 84 cerveaux post mortem relie dépression et schizophrénie à des voies du stress cellulaire perturbées, avec des écarts notables selon le sexe.

Vue rapprochée d'un modèle cérébral mettant en avant sa texture et sa structure sur une surface blanche épurée.
Image d'illustration. Modèle de cerveau en gros plan — ADN

En bref

  • 84 cerveaux post mortem analysés
  • Stress cellulaire perturbé dans deux troubles
  • Des différences selon sexe et âge

On comprend encore mal ce qui se joue, biologiquement, dans la dépression majeure et la schizophrénie. Une équipe de CIBERSAM, de l’Université Complutense de Madrid et de l’Université du Pays basque apporte un morceau du puzzle, en montrant que plusieurs voies liées au stress cellulaire sont altérées dans le cerveau de patients concernés.

Deux troubles, trois mécanismes surveillés de près

Les chercheurs se sont concentrés sur trois systèmes déjà soupçonnés de jouer un rôle dans ces maladies, l’inflammation, l’autophagie, ce mécanisme de nettoyage interne de la cellule, et la réponse aux protéines mal repliées. Ces voies participent toutes à la manière dont une cellule réagit lorsqu’elle est sous tension et ne fonctionne plus tout à fait normalement.

Ce point compte, parce que peu d’études avaient observé ces trois mécanismes ensemble, directement dans du tissu cérébral humain.

Ce que montrent les 84 cerveaux analysés

L’étude repose sur l’analyse post mortem de 84 cerveaux. Dans le lot, 28 venaient de personnes souffrant de dépression majeure, 28 de personnes atteintes de schizophrénie, et 28 servaient de groupe témoin.

Les prélèvements ont été réalisés dans le cortex préfrontal dorsolatéral. Les équipes ont mesuré l’expression de gènes liés aux trois voies étudiées, mais aussi les niveaux de certaines protéines. Elles ont aussi tenu compte du sexe, de l’âge et de la cause du décès.

IRE1a, un signal commun aux deux maladies

Un résultat ressort plus nettement. L’ARN de la molécule IRE1a, impliquée dans la réponse cellulaire à l’accumulation de protéines mal repliées dans le réticulum endoplasmique, augmente à la fois chez les personnes souffrant de dépression majeure et chez celles atteintes de schizophrénie.

La première signataire de l’étude, Cristina Ulecia-Morón, résume que « les niveaux d’ARN de IRE1a ont augmenté de façon considérable chez les personnes avec dépression majeure comme chez celles avec schizophrénie, ce qui pointe vers une altération commune liée à la réponse au stress cellulaire dans les deux troubles ».

Des écarts entre gènes et protéines, et des effets selon le sexe

C’est là que le tableau se complique. Les variations observées dans l’expression de certains gènes ne correspondent pas toujours aux niveaux des protéines associées. En gros, plusieurs gènes paraissent plus actifs, alors que plusieurs protéines mesurées baissent globalement dans les deux troubles.

Pour Juan Carlos Leza, qui a coordonné les travaux avec Javier Caso, l’analyse des protéines montre justement une diminution généralisée de plusieurs d’entre elles dans la dépression comme dans la schizophrénie. Il ajoute que cette absence de correspondance signifie que les changements génétiques ne se traduisent pas automatiquement en changements de protéines.

Autre nuance, les effets ne sont pas identiques selon les profils. Chez les hommes souffrant de dépression majeure, les altérations de l’expression génique apparaissent plus marquées. Chez les femmes atteintes de schizophrénie, le nombre de changements observés est plus élevé. Quant à l’âge, ses effets ressortent surtout au niveau de l’expression des gènes, en particulier ceux liés à l’autophagie. Ce genre de décalage rappelle une chose, les troubles psychiatriques ne relèvent pas d’un seul interrupteur biologique, mais d’un réseau bien plus complexe.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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