Démence : ces siestes chez les seniors qu’une étude invite à surveiller

Une étude américaine relance la question des siestes chez les plus de 65 ans. Leur fréquence, leur durée et leur caractère involontaire sont associés à un risque accru de démence.

Main âgée près d’une montre
Image d'illustration. La fréquence des siestes interroge. — ADN

En bref

  • Les siestes fréquentes sont liées à plus de démence
  • Les siestes involontaires ressortent aussi nettement
  • L’étude ne prouve pas une cause directe

Les personnes de plus de 65 ans qui font la sieste la plupart des jours, ou tous les jours, présentent un risque de démence supérieur de 48 % à celui des seniors qui n’en font jamais ou presque, selon une étude menée par l’École de santé publique Johns Hopkins Bloomberg, aux États-Unis.

Un suivi de dix ans sur près de 1 000 seniors

L’équipe s’est appuyée sur 995 bénéficiaires de Medicare, âgés d’au moins 65 ans et sans démence au début du suivi en 2013. Les chercheurs les ont observés pendant un maximum de dix ans, à partir des données du National Health and Aging Trends Study, une enquête représentative des personnes âgées américaines.

Le point utile ici, c’est le cadre. L’analyse a aussi pris en compte plusieurs variables qui pouvaient brouiller les résultats, comme les caractéristiques démographiques, l’état de santé ou certains paramètres du sommeil nocturne, dont sa durée, la somnolence en journée et un indicateur de risque d’apnée obstructive du sommeil.

Fréquence, siestes subies, durée courte : les signaux relevés

Les chercheurs ne se sont pas arrêtés à la seule fréquence. Ils ont aussi regardé le caractère volontaire ou non des siestes, ainsi que leur durée.

Résultat, les siestes involontaires, quand une personne s’endort sans l’avoir prévu, sont associées à un risque accru de 39 %. Les siestes de 30 minutes ou moins ressortent aussi, avec un risque supérieur de 40 %. Pour les siestes de plus de 30 minutes, le lien devient plus faible une fois les facteurs liés au sommeil nocturne pris en compte.

Pourquoi ces résultats ne prouvent pas une cause directe

Adam Spira, auteur principal de l’étude, estime que les siestes plus fréquentes pourraient être un indicateur de changements dans le cerveau plutôt qu’une cause directe de ces changements. Autrement dit, la sieste pourrait signaler un problème déjà en train de s’installer.

Les chercheurs évoquent une relation dans les deux sens. D’un côté, certains profils de sieste pourraient aller avec un risque plus élevé. De l’autre, la dégénérescence de régions cérébrales qui régulent l’éveil, parfois présente tôt dans la démence, peut aussi favoriser des siestes plus fréquentes.

Pour tester ce point, l’équipe a retiré de l’analyse les cas diagnostiqués pendant les cinq premières années. Les associations observées pour les siestes fréquentes et involontaires sont restées proches.

Un indice précoce possible, mais encore à confirmer

Pour Kening Jiang, premier auteur de l’article, le suivi des habitudes de sieste pourrait servir d’indicateur précoce et accessible afin d’identifier les adultes âgés les plus exposés et d’orienter des interventions ciblées de prévention.

Mais le dossier n’est pas fermé. Des travaux antérieurs ont donné des résultats contradictoires, certains reliant les siestes longues ou fréquentes à la démence, d’autres ne trouvant aucun lien, voire un possible intérêt pour les siestes courtes. Les auteurs rappellent aussi les limites de leur travail, observationnel par nature, fondé sur des habitudes déclarées par les participants et sur une classification algorithmique validée, pas sur un diagnostic clinique. Ils appellent donc à des études plus longues, avec des mesures plus objectives, de jour comme de nuit.

Jérôme Nelra

Spécialiste Santé

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