Siestes chez les seniors, un signal plus sérieux qu’on ne le pensait

Une étude relie les siestes fréquentes chez les plus de 65 ans à un risque accru de démence. Le lien n’est pas causal à ce stade, mais il interpelle.

Main âgée près d’une montre
Image d'illustration. La fréquence des siestes interroge. — ADN

En bref

  • Les siestes fréquentes sont liées à plus de démence
  • Le lien observé ne prouve pas une cause
  • Les siestes involontaires ressortent aussi nettement

Ce n’est qu’une sieste, pense-t-on souvent. Chez les personnes âgées, ce geste ordinaire pourrait pourtant servir de signal d’alerte. Une étude publiée dans The Journals of Gerontology, Series A: Biological Sciences and Medical Sciences associe des siestes diurnes plus fréquentes à un risque accru de démence dans les années suivantes.

Les auteurs ne disent pas que dormir l’après-midi provoque la maladie. Leur idée est plus nuancée, et plus utile aussi. Pour Adam Spira, chercheur en sommeil à Johns Hopkins University, des siestes plus fréquentes pourraient surtout refléter des changements déjà en cours dans le cerveau, plutôt qu’en être la cause directe.

Un repère de plus dans la prévention

L’intérêt de ce travail est là. Il ajoute un indicateur concret à surveiller chez les plus de 65 ans, alors que la démence reste difficile à repérer tôt. En gros, la sieste n’apparaît pas comme un coupable désigné, mais comme un possible marqueur de fragilité cognitive future.

Cette distinction compte. Dans la prévention, un marqueur n’explique pas forcément le problème, mais il aide à identifier les personnes les plus exposées.

Ce que montre précisément l’étude

Les chercheurs ont exploité les données de la grande enquête américaine National Health and Aging Trends Study, menée auprès de bénéficiaires de Medicare âgés de 65 ans ou plus. Leur analyse porte sur 995 participants, tous sans démence probable ou possible au départ, et interrogés sur leurs habitudes de sieste.

Le suivi médian a duré cinq ans. Pendant cette période, 417 personnes, soit 41,9 % de l’échantillon, ont ensuite été classées comme présentant une démence possible ou probable.

Les résultats ont été ajustés pour éviter les raccourcis trop simples, avec prise en compte notamment de l’âge, du sexe, du niveau d’études, du tabagisme, de l’indice de masse corporelle, de l’origine ethno-raciale et de plusieurs problèmes de santé.

Toutes les siestes ne se valent pas

C’est là que l’étude devient plus précise. Les personnes qui disaient faire la sieste tous les jours, ou la plupart des jours, présentaient un taux de démence 48 % plus élevé que celles qui ne faisaient jamais, ou rarement, de sieste.

Les siestes involontaires étaient elles aussi associées à un risque plus élevé, de 39 % par rapport aux non-siesteurs. Même constat pour les siestes courtes, de 30 minutes ou moins, avec un taux supérieur de 40 %.

Ces trois profils, siestes fréquentes, non voulues ou brèves, étaient aussi liés à un risque accru de troubles de la mémoire au fil du suivi. À l’inverse, d’autres formes, comme les siestes plus longues, intentionnelles ou plus occasionnelles, montraient parfois une hausse du risque, mais sans résultat statistiquement solide après ajustement.

Pourquoi les chercheurs restent prudents

Le point essentiel, c’est que l’étude est observationnelle. Elle repère une association, pas un mécanisme certain. Les chercheurs évoquent même une relation dans les deux sens, avec des changements neurologiques qui fragilisent la cognition et augmentent en parallèle le besoin de dormir le jour.

Autre complication, la sieste peut aussi compenser un mauvais sommeil nocturne. L’équipe a tenu compte de la durée de sommeil la nuit, de la somnolence en journée et du risque d’apnée du sommeil. Malgré cela, les liens avec les siestes fréquentes, involontaires et courtes restaient significatifs.

Bref, il reste une énigme à démêler. Et l’enjeu dépasse la simple habitude de l’après-midi, alors que la démence pourrait doubler aux États-Unis d’ici 2060.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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