Pourquoi bien dormir devient plus compliqué partout en Europe

Un rapport européen alerte sur une dégradation de la santé du sommeil. Climat, écrans, désinformation et inégalités se combinent.

Une silhouette de personne dormant sur le côté, baignée dans une lumière chaude et douce d'une lampe à proximité.
Image d'illustration. Silhouette sommeil sur côté — ADN

En bref

  • Un rapport européen alerte sur le sommeil
  • Climat, écrans et travail pèsent davantage
  • Les chercheurs réclament une action coordonnée

Dormir n’a rien d’accessoire. Pourtant, c’est justement ce besoin élémentaire qui devient plus difficile à protéger en Europe, pris entre changement climatique, usages numériques et rythmes de travail de plus en plus étirés.

Publié dans le Journal of Sleep Research, un rapport du comité Égalité, diversité et inclusion et du réseau des jeunes chercheurs de la Société européenne de recherche sur le sommeil estime que la santé du sommeil est en train de devenir un vrai sujet de santé publique. Les auteurs rappellent que le sommeil joue sur la santé physique et mentale, mais aussi sur l’apprentissage, la mémoire, l’équilibre émotionnel, l’immunité, la sécurité dans les tâches critiques et les performances du quotidien.

Un besoin vital, fragilisé de plusieurs côtés

Le point marquant, c’est l’effet cumulatif. Le rapport ne décrit pas une cause unique, mais une série de transformations sociales qui finissent par réduire les chances d’obtenir un repos correct.

Et cela touche large. Les chercheurs citent à la fois les conditions matérielles, l’organisation du travail, les outils numériques et la circulation de conseils parfois douteux sur le sommeil. En gros, on sait que dormir compte, mais l’environnement autour de nous rend cet objectif plus compliqué.

Quand le climat et le logement empêchent de récupérer

Le texte insiste sur un facteur qui pèse davantage qu’avant, l’environnement. Dans les zones urbaines denses, surtout quand les logements sont de moins bonne qualité, le bruit, la lumière artificielle et une mauvaise qualité de l’air peuvent perturber le sommeil. Cette dégradation de l’air peut aussi affaiblir les systèmes respiratoire et immunitaire.

Les nuits plus chaudes, les vagues de chaleur plus fréquentes et l’exposition à des températures extrêmes aggravent encore la situation. Les auteurs associent ces troubles à un risque accru de problèmes cardiovasculaires, de troubles psychiques et d’apnée du sommeil, avec une perspective peu rassurante pour les années à venir.

Le rapport évoque aussi les effets durables des déplacements forcés liés aux conflits ou au climat, de la perte d’un logement stable et de la précarité énergétique.

Le piège des écrans et du sommeil à optimiser

Autre front, le numérique. Les chercheurs pointent la montée du « sleepmaxxing » et de l’orthosomnie, cette quête obsessionnelle de mesures de sommeil parfaites à l’aide d’objets connectés. Le rapport estime que beaucoup de ces outils ont encore besoin de preuves plus solides et ne doivent pas remplacer un avis professionnel indépendant.

Même problème avec les réseaux sociaux. Une information inexacte ou trompeuse peut fausser la compréhension du sommeil et installer des attentes irréalistes. Bon, le paradoxe est là, on surveille davantage son sommeil, sans forcément mieux dormir.

La culture du 24 heures sur 24 n’aide pas non plus. Travail posté, écrans omniprésents, messages hors horaires et connectivité constante dérèglent les rythmes naturels et réduisent les temps de récupération.

Des soins inégaux et un appel à agir à l’échelle européenne

Le rapport souligne enfin de fortes inégalités d’accès aux soins du sommeil, qu’il s’agisse des médicaments, du diagnostic, des traitements ou des services spécialisés. Le manque de professionnels formés complique aussi la prise en charge dans certaines communautés.

Les auteurs réclament donc une réponse coordonnée impliquant responsables publics, soignants, employeurs, enseignants, aménageurs et développeurs de technologies. Ils demandent aussi plus d’éducation sur le sommeil, une lutte contre la désinformation, des règles plus claires sur le travail, le numérique et l’exposition environnementale, ainsi qu’un cadre de recommandations organisé selon l’approche PESTEL.

La docteure Fran Pilkington-Cheney, de l’institut de psychologie de Nottingham à l’université Nottingham Trent, parle d’une « tempête parfaite de défis pour la santé du sommeil à travers l’Europe ». Et son avertissement dépasse le simple repos nocturne, car ce qui se joue ici touche aussi la manière dont nos villes, nos outils et notre travail sont pensés.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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