Pourquoi le coup de barre de 14 heures n’a pas grand-chose à voir avec les repas

Le coup de fatigue après le déjeuner ne viendrait pas seulement du repas. La recherche regarde surtout un rythme cérébral et une zone d’équilibre très précise.

Fatigue travail
Image d'illustration. Fatigue passagère ? — ADN

En bref

  • Le coup de barre n’est pas qu’une affaire de repas
  • Un noyau cérébral règle notre niveau d’éveil
  • La concentration dépend d’un équilibre fragile

On met souvent le coup de fatigue de l’après-midi sur le compte du déjeuner. Un repas trop lourd, un pain de trop, un jus de fruit, et voilà 14 heures qui devient flou. Sauf que la recherche raconte quelque chose d’un peu plus nuancé, avec une piste centrale, le rythme naturel du cerveau.

Le déjeuner n’est peut-être pas le principal coupable

La somnolence qui suit le repas a un nom dans la littérature scientifique, la somnolence postprandiale. Elle existe bien. Mais sa cause précise reste discutée.

Certains travaux estiment qu’elle pourrait avoir assez peu à voir avec ce que l’on mange. L’idée, c’est qu’une baisse d’énergie après midi relèverait surtout d’une cadence interne. Autrement dit, lutter contre ce creux comme s’il s’agissait uniquement d’un problème alimentaire n’est peut-être pas la bonne lecture.

Un minuscule point bleu pilote notre vigilance

Pour comprendre ces variations de concentration, les chercheurs regardent une toute petite région logée dans le tronc cérébral, au-dessus de la nuque. Son nom, locus coeruleus, signifie littéralement le point bleu.

Ce noyau de neurones est la principale source cérébrale de noradrénaline, un neurotransmetteur qui facilite la communication entre les neurones au niveau des synapses. La fabrication de cette molécule produit aussi un pigment bleuté, d’où la couleur qui a donné son nom à la zone.

Quand le locus coeruleus s’active, il diffuse de la noradrénaline dans le cerveau. Les neurones deviennent alors plus susceptibles de réagir aux signaux reçus et de les transmettre plus loin. Résultat, notre niveau d’éveil grimpe et l’attention à l’environnement augmente.

La bonne énergie n’est ni trop basse ni trop haute

On pourrait croire qu’un niveau toujours plus élevé de noradrénaline améliore mécaniquement les performances mentales. En réalité, non.

À dose modérée, cette activation aide le cortex préfrontal, la zone liée au contrôle de l’attention et à la pensée abstraite, à fonctionner plus efficacement. C’est la zone optimale pour rester concentré. Mais au-delà d’un certain seuil, le cerveau se retrouve dans une forme de brouhaha interne. Trop de signaux, trop de pression, et la pensée perd en clarté.

Une échéance qui approche peut suffire à faire basculer ce système. Le cerveau entre alors dans un état d’alerte plus élevé, proche de la réaction de fuite ou de combat, peu compatible avec un travail intellectuel fin.

La métaphore de la boîte de vitesses

Dans son livre Hyperefficient, la neuroscientifique Dr Mithu Storoni compare le locus coeruleus à une boîte de vitesses du cerveau. L’image est simple, et elle fonctionne bien.

Première vitesse, l’activité est basse, l’esprit vagabonde et la somnolence s’installe. Deuxième vitesse, l’activation est moyenne, c’est là que la concentration tient le mieux. Troisième vitesse, l’état d’alerte monte pour gérer une situation de crise. Ce que montre ce modèle, c’est surtout ceci, le vrai enjeu n’est pas d’être plus stimulé, mais d’être stimulé juste assez.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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