En bref
- Pas de preuve d’une cause principale liée à l’alcool
- L’âge reste le principal facteur de risque
- Les familles doivent repérer les premiers signes
On cherche souvent une explication nette. Pour les formes précoces de la maladie d’Alzheimer, la réponse est moins simple.
Au Centre San Juan de Dios de Ciempozuelos, près de Madrid, le coordinateur en psychogériatrie Samuel González estime qu’il n’existe pas aujourd’hui de preuves suffisantes pour faire de l’alcool, du cannabis ou de la cocaïne la cause principale d’un début précoce de la maladie. Il rappelle tout de même qu’une consommation d’alcool excessive et prolongée peut accroître le risque de déclin cognitif et de démence.
Une idée simple, une réalité beaucoup plus nuancée
Le premier facteur de risque reste l’âge. Mais il existe aussi des cas dits précoces, en général avant 65 ans. C’est là que le sujet se complique, car ces situations ne se laissent pas résumer à une seule explication.
Pour Samuel González, certaines formes peuvent être liées à des facteurs génétiques, notamment des mutations APP, PSEN1 et PSEN2. Mais il précise que la génétique, à elle seule, n’explique pas tout. Elle peut peser dans le développement de la maladie en s’ajoutant à d’autres éléments.
Gènes, mode de vie, santé : plusieurs facteurs se croisent
Parmi ces éléments, le soignant cite des problèmes de santé chroniques mal contrôlés, le manque d’activité physique, une alimentation peu équilibrée, l’insomnie ou un sommeil trop court, ainsi qu’un déficit de stimulation mentale. Bref, on est loin d’un mécanisme unique.
Cette lecture plus large compte, parce qu’elle évite un raccourci fréquent. Pointer un produit ou une habitude comme responsable principal peut donner une image fausse de la maladie et faire oublier d’autres fragilités bien documentées.
Des signaux d’alerte à ne pas banaliser
La gériatre Ana Prieto demande aux familles de ne pas normaliser les premiers changements qui attirent leur attention. Elle recommande de consulter un médecin pour une évaluation adaptée.
Les signes évoqués sont connus, mais pas toujours repérés tout de suite : oublier une information récente et devoir être aidé pour s’en souvenir, se perdre dans le temps ou dans l’espace, peiner à accomplir des tâches complexes, avoir du mal à communiquer, perdre l’envie de faire les activités du quotidien, ou rencontrer des difficultés pour lire, reconnaître des couleurs et estimer des distances. S’y ajoutent des changements d’humeur ou de personnalité.
Une prise en charge pensée autour de la personne et des proches
Au Centre San Juan de Dios de Ciempozuelos, l’accompagnement est présenté comme interdisciplinaire. Ana Prieto explique que l’équipe regarde à la fois les dimensions médicales, cognitives, émotionnelles, fonctionnelles et sociales, afin de fixer des objectifs individualisés.
Le travail porte sur la stimulation et la rééducation cognitives, les troubles du comportement, le maintien des capacités fonctionnelles et le soutien émotionnel. Les soignants réévaluent aussi les traitements et cherchent ce qui peut aggraver l’état cognitif ou fonctionnel. Et la famille compte beaucoup, car la maladie touche aussi l’entourage.
Le centre suit environ 60 patients atteints de démence ou d’Alzheimer. Pour l’ergothérapeute Marina Torrejón, les interventions doivent être adaptées en permanence aux capacités de chaque personne. Teresa Nieto, elle aussi ergothérapeute, ajoute que la formation continue reste indispensable pour intégrer les nouvelles technologies disponibles. Une manière de rappeler que, face à Alzheimer, l’enjeu n’est pas seulement de nommer une cause, mais de mieux détecter, accompagner et ajuster les soins dans la durée.