En bref
- Des interférons plus actifs, plus de symptômes possibles
- 51 volontaires suivis après deux doses d’ARNm
- Absence de réaction ne veut pas dire inefficacité
Entre deux personnes vaccinées, l’écart peut être net. L’une n’a presque rien, l’autre enchaîne fatigue, fièvre légère ou douleur au bras. Une équipe du Centre de Vaccinologie de l’Université de Genève et des Hôpitaux universitaires de Genève avance une explication: une part de cette différence se joue avant l’injection.
Ce qui se joue avant même l’injection
Les chercheurs ont observé que certaines personnes ont, dès le départ, un système immunitaire inné plus réactif que d’autres. En cause, une réponse plus marquée aux interférons, des molécules centrales dans la défense antivirale naturelle du corps.
Plus cette réponse de fond est forte, plus la probabilité de ressentir des effets secondaires transitoires semble augmenter. Ces réactions restent, dans la grande majorité des cas, légères et temporaires. Elles correspondent à l’activation du système immunitaire par le vaccin, qui apprend ainsi à reconnaître les antigènes du virus et à mieux se préparer à une future infection.
Rougeur, gonflement au point d’injection, mais aussi symptômes plus diffus comme la fièvre ou l’épuisement: tout le monde ne réagit pas pareil. Arnaud Didierlaurent rappelle aussi que les personnes âgées ont souvent moins de réactions, en lien avec le déclin de la fonction immunitaire, et que la dose du vaccin peut également compter.
Une étude menée sur 51 volontaires après deux doses
Pour aller plus loin, l’équipe a suivi 51 personnes saines recrutées aux Hôpitaux universitaires de Genève, toutes vaccinées avec deux doses d’un vaccin à ARNm contre le Covid-19. Les participants ont été observés pendant sept jours après chaque injection.
Ce choix n’a rien d’anodin. Les effets secondaires apparaissent en général dans le jour ou les deux jours qui suivent, avec des réactions souvent plus visibles après la seconde dose. L’étude, publiée dans Science Translational Medicine, a été financée par la Fondation privée HUG, la Fondation Giorgio Cavaglieri et Moderna.
Pourquoi la deuxième dose peut frapper plus fort
Un second mécanisme potentiel a été identifié dans un modèle animal. Après une première vaccination, l’organisme fabrique des anticorps et des lymphocytes T capables de reconnaître l’antigène visé.
Lors d’une dose suivante, cette immunité acquise peut accélérer l’activation de certaines cellules immunitaires innées, notamment les monocytes, des globules blancs. Elles réagissent alors plus intensément et attirent davantage de cellules inflammatoires vers la zone d’injection.
Ce que ces résultats changent, et ce qu’ils ne disent pas
Reste une zone grise. Pourquoi certaines personnes ont-elles, avant même la vaccination, une réponse aux interférons plus élevée? Arnaud Didierlaurent évoque plusieurs pistes possibles, comme des facteurs génétiques, un microbiome particulier ou un épisode inflammatoire antérieur, sans conclusion définitive à ce stade.
Ces résultats ouvrent surtout une piste pour concevoir, à terme, des vaccins mieux tolérés sans perdre en efficacité. L’équipe d’Arnaud Didierlaurent cherche maintenant à savoir si les mêmes mécanismes existent avec d’autres vaccins. Et un point mérite d’être gardé en tête: peu de symptômes, ou pas de symptômes du tout, ne veut pas dire que le vaccin fonctionne moins bien.