Paludisme, pourquoi le stress rend le parasite plus transmissible

Une étude d’ISGlobal détaille comment le parasite du paludisme réagit au stress en favorisant sa transmission. Un mécanisme très ciblé.

Moustique paludisme
Image d'illustration. Moustique paludisme — ADN

En bref

  • Le parasite détecte le stress chez l’hôte
  • Il produit alors plus de formes transmissibles
  • Deux gènes jouent un rôle central

Le parasite du paludisme ne fait pas qu’envahir le sang humain. Il arbitre aussi, en permanence, entre deux priorités, continuer à se multiplier pour maintenir l’infection, et basculer une partie de ses effectifs vers des formes sexuelles capables de passer au moustique. C’est précisément ce point qu’éclaire une étude menée par ISGlobal, centre soutenu par la Fondation La Caixa.

Un équilibre vital pour le parasite

Pendant l’infection, Plasmodium falciparum doit tenir sur deux tableaux. D’un côté, il se reproduit dans le sang humain. De l’autre, certains parasites se transforment en gamétocytes, les formes sexuelles qui permettent ensuite la transmission à d’autres personnes par l’intermédiaire des moustiques.

C’est un choix biologique décisif. Trop privilégier la multiplication, et le parasite tient l’infection mais transmet moins. Trop miser sur les gamétocytes, et il prépare mieux son passage au moustique.

Trois stress, une même réponse

L’équipe a combiné des outils de génomique, d’épigénomique, de transcriptomique et d’ingénierie génétique. Les parasites ont été exposés à trois situations de stress, un manque de certains nutriments, un traitement avec le médicament DHA, et un épisode de fièvre simulé.

Les chercheurs ont ensuite observé plusieurs niveaux à la fois. Quels gènes s’activaient, quelles protéines augmentaient, et comment se modifiait l’organisation qui contrôle l’accès à l’ADN. Les mêmes expériences ont aussi été menées sur des parasites dont certains régulateurs avaient été modifiés génétiquement.

Résultat, les trois stress testés ont conduit à une même voie de réponse.

Deux gènes au centre du mécanisme

Selon la chercheuse d’ISGlobal Elisabet Tintó, ces trois stimuli provoquent des changements comparables dans deux gènes, gdv1 et ap2-hs.

L’étude montre aussi que la réponse au stress ne se limite pas à allumer des gènes. Elle passe par une réorganisation de l’hétérochromatine, une forme de compactage de l’ADN qui garde certains gènes silencieux. C’est un point technique, mais important, parce qu’il indique que le parasite modifie aussi l’architecture de son matériel génétique pour s’adapter.

Une fois activé, gdv1 déclenche la conversion en gamétocyte. Mais ce même gène provoque aussi la production de gdv1-as, un ARN qui freine son activité. En parallèle, ap2-hs, une protéine qui régule l’expression génétique, agit comme un centre de contrôle permettant au parasite de répondre à différents types de stress.

Pourquoi cette étude compte

Publiés dans Nature Microbiology, ces travaux, soutenus par CaixaResearch, décrivent donc un mécanisme précis. Le parasite repère des changements dans l’environnement de son hôte et ajuste sa stratégie en augmentant la production des formes transmissibles.

On voit ici quelque chose de très concret, le stress ne fragilise pas seulement le parasite, il peut aussi l’aider à mieux préparer sa circulation. Et pour comprendre la dynamique du paludisme, ce n’est pas un détail.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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