Du sang humain révèle une forme d’ADN bien plus étrange que prévu

Des chercheurs ont repéré dans le plasma humain des structures génétiques à quatre brins. Une piste intrigante, mais encore loin d’un usage médical.

Prise sang prelevement
Image d'illustration. Prise sang prelevement — ADN

En bref

  • Des structures G4 ont été détectées dans le plasma humain.
  • La méthode évite de déplier les molécules pendant l’analyse.
  • Aucune application clinique n’est prête à ce stade.

Le plasma sanguin raconte déjà beaucoup sur notre état de santé. On y trouve de petits morceaux de matériel génétique relâchés quand des cellules meurent. Jusqu’ici, les chercheurs lisaient surtout leur séquence, leur taille ou leur origine dans le génome. Cette fois, l’intérêt se déplace ailleurs, vers leur forme.

Le plasma ne transporte pas que des fragments

L’étude s’intéresse à des structures appelées G-quadruplexes, ou G4. Ce sont des assemblages à quatre brins, très éloignés de l’image classique de la double hélice. Ils se forment quand plusieurs guanines, l’une des lettres du code génétique, s’organisent en petits carrés qui s’empilent.

Ces formes avaient déjà été observées dans des cellules. La nouveauté, ici, c’est leur détection directe dans le sang humain, plus précisément dans des acides nucléiques capturés dans le plasma.

Comment les chercheurs ont piégé ces structures

Le point de départ, ce sont des fragments très courts d’ADN libre circulant, d’environ 50 lettres génétiques. Leur petite taille les rend difficiles à récupérer avec les méthodes classiques. Certains semblaient assez riches en guanine pour pouvoir former des G4, et les analyses informatiques allaient dans ce sens.

Mais entre une molécule capable de se replier et une molécule réellement repliée dans le sang, il y a un monde. Les protocoles habituels d’extraction pouvaient casser ces structures fragiles, ou au contraire permettre leur reformation au laboratoire.

L’équipe a donc choisi une approche plus douce, en capturant directement le matériel génétique depuis le plasma, sans chauffage ni étapes susceptibles de modifier sa forme. Puis elle a utilisé deux détecteurs indépendants, un anticorps conçu pour reconnaître les G4 et une petite molécule qui s’illumine quand elle s’y fixe. Les deux ont donné un signal. Un fragment témoin incapable de former cette structure, lui, n’en a produit aucun.

Une découverte solide, avec une grosse limite

Pour Robert Hänsel-Hertsch, biologiste moléculaire à l’Université de Cologne, il s’agit de la première preuve biochimique directe de la présence de G4 repliés dans des acides nucléiques capturés directement dans le plasma humain. Il résume aussi l’enjeu d’une formule simple, « La structure est une couche d’information, et potentiellement de biologie, que le séquençage seul ne peut pas voir ».

Reste une limite importante. L’expérience ne permet pas de dire si ces G4 viennent de l’ADN ou de l’ARN, car les deux peuvent adopter cette forme et les détecteurs reconnaissent la structure, pas la molécule de départ. Robert Hänsel-Hertsch parle d’une vraie limite. La suite passera par des enzymes capables de détruire sélectivement l’un ou l’autre avant une nouvelle analyse, puis par le séquençage des molécules repliées.

Pourquoi cela intéresse déjà la recherche sur le cancer

Les G4 apparaissent souvent dans des régions du génome liées au contrôle des gènes. Des niveaux élevés ont aussi été observés dans plusieurs types de tumeurs. D’où l’idée, assez logique, que ces structures circulantes puissent un jour livrer des informations sur un cancer que la simple lecture des séquences ne montre pas.

Mais pas de raccourci. Cette étude n’a pas été conçue pour comparer des personnes malades à des volontaires en bonne santé. Elle montre une présence, pas un outil de diagnostic. Avant d’aller plus loin, il faudra identifier précisément ces molécules, comprendre de quels tissus elles viennent et voir si une maladie modifie vraiment leur nombre ou leur profil. La prépublication est disponible sur bioRxiv.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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