Une dose nasale pourrait relancer une immunité pulmonaire vieillissante

Chez des souris âgées, une nouvelle formulation de vaccin nasal a restauré des défenses pulmonaires affaiblies par l’âge. Avec, à la clé, une protection large contre plusieurs grippes.

Laboratoire biomédical en vue large
Image d'illustration. L’étude cible le poumon vieillissant. — ADN

En bref

  • Une dose nasale testée chez des souris âgées
  • L’immunité pulmonaire redevient proche des jeunes
  • Protection large observée contre plusieurs grippes

Les vaccins contre la grippe protègent moins bien avec l’âge. C’est tout le point de départ de travaux menés au Massachusetts General Hospital, aux États-Unis, qui décrivent une piste pour relancer l’immunité pulmonaire affaiblie chez les sujets âgés.

Pourquoi l’âge complique la protection contre la grippe

Chez les adultes plus âgés, la réponse vaccinale baisse pour plusieurs raisons. Les chercheurs rappellent que les poumons deviennent plus immunosuppressifs avec le temps, et que les réponses liées à l’interféron de type I, un mécanisme clé de défense antivirale, se dégradent aussi.

Résultat, les populations vieillissantes restent plus exposées aux flambées saisonnières, mais aussi aux pandémies. C’est ce décalage, entre le besoin de protection et l’efficacité parfois limitée des vaccins actuels, qui rend cette approche intéressante.

Un adjuvant pensé pour viser le poumon

L’étude, publiée dans Science Immunology, repose sur un adjuvant vaccinal, c’est-à-dire un composant ajouté pour renforcer la réponse immunitaire. Celui mis au point par l’équipe s’appelle AMnESTI.

Concrètement, il s’agit d’un liposome biomimétique, une sorte de micro-vecteur conçu pour se diriger vers les cellules épithéliales alvéolaires des poumons. Il embarque deux éléments, un agoniste de STING, une voie de l’immunité innée, et des ions manganèse. Les chercheurs s’appuient ici sur des travaux antérieurs montrant qu’un tel système pouvait s’associer aux surfactants pulmonaires protecteurs et livrer sa charge dans ces cellules.

Des souris âgées avec des réponses proches des jeunes

Administré par voie intranasale, AMnESTI a activé la voie cGAS-STING dans les cellules ciblées. L’équipe a ensuite observé une expansion des cellules dendritiques et des monocytes inflammatoires, ainsi qu’une réduction de l’immunosuppression chez des souris âgées.

Le point marquant vient de l’analyse par séquençage d’ARN à cellule unique. Elle suggère que cette intervention a, en gros, rajeunit les défenses pulmonaires des souris âgées, avec des réponses immunitaires comparables à celles vues chez des souris plus jeunes.

Une seule dose, et une protection élargie

Les chercheurs ont ensuite associé cet adjuvant à un vaccin contre la grippe. Avec une seule dose, les souris ont montré une forte activation des cellules T CD8 et une protection large contre différentes souches virales.

L’équipe estime que cette stratégie pourrait, à terme, aider des populations âgées particulièrement vulnérables. Et ce n’est sans doute pas le seul terrain possible. Les auteurs avancent déjà une suite logique, tester l’adjuvant avec d’autres vaccins respiratoires présentant un potentiel pandémique. Vu l’enjeu, ce déplacement du problème, du vaccin lui-même vers le terrain immunitaire du poumon, mérite clairement d’être suivi.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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