Pourquoi le contrôle aérien français reste un point faible

Retards, organisation, matériel vieillissant: le gouvernement admet les failles du contrôle aérien français, malgré une baisse récente des retards.

Une salle de contrôle du trafic aérien occupée avec des écrans affichant les trajectoires de vol et des données radars en direct.
Image d'illustration. Salle de contrôle du trafic aérien animée — ADN

En bref

  • Le gouvernement admet des failles durables
  • Les retards reculent, pas les critiques
  • Compagnies et Sénat jugent la France en retard

La baisse des retards est réelle, mais elle ne change pas encore l’image d’ensemble. En France, le contrôle aérien reste jugé trop fragile pour suivre un trafic qui continue de monter.

Une amélioration qui ne gomme pas le constat

Devant le congrès de la Fédération nationale de l’aviation et ses métiers à Paris, le ministre des Transports Philippe Tabarot a reconnu que le système devait se moderniser et mieux performer pour tout l’écosystème aérien. Le point intéressant, c’est le décalage entre le court terme et le fond.

Selon Philippe Tabarot, sur les cinq premiers mois de l’année, les retards ont reculé de 35 %, alors même que le trafic progresse encore. Il a aussi indiqué qu’en juin 2026, la France avait battu son record mensuel de trafic aérien contrôlé, un pic habituellement observé plutôt en juillet ou en août.

Pourquoi la France décroche encore

Le problème, lui, est plus ancien. La gestion du contrôle aérien, assurée par la Direction générale de l’aviation civile et sa Direction des services de la navigation aérienne, alimente depuis longtemps les critiques des compagnies.

Fin juin, la commission des Finances du Sénat a dressé un tableau sévère. Les sénateurs placent la France au dernier rang européen en matière de performance et chiffrent l’impact à 6,6 millions de minutes de retards en 2025. Pour les compagnies, la facture atteint 800 millions d’euros. Et pour les passagers, les désagréments sont lourds.

Le rapport pointe surtout deux faiblesses. D’un côté, des effectifs de contrôleurs répartis de façon trop rigide, avec une adaptation limitée aux variations du trafic selon l’heure, la semaine ou la saison. De l’autre, une architecture technique décrite comme obsolète. Bref, le sujet n’est pas seulement celui des hommes, mais aussi celui des outils.

Les compagnies voient un pays moins attractif

Avant le ministre, le président de la FNAM, Pascal de Izaguirre, avait tenu un discours plus dur. Il a estimé qu’entre une fiscalité trop lourde et un contrôle aérien défaillant, la France était de plus en plus survolée et de moins en moins desservie.

Son indicateur est simple. Entre 2019 et 2025, le nombre de vols arrivant et partant de France a baissé de 2 %, quand les survols ont, eux, augmenté de 15 %. Vu du secteur, ce n’est pas un détail : cela dit quelque chose de la place du pays dans les flux aériens européens.

La réforme promise entre dans le dur

Face à ce constat, Philippe Tabarot assure avoir lancé une réforme de fond. Elle passe par des recrutements, plus de flexibilité pour renforcer les équipes lors des périodes de fort trafic, ainsi qu’une transformation de l’organisation du travail.

Mais il l’a lui-même reconnu, ce chantier n’a rien de simple. Et c’est là que le sujet devient important : si la hausse du trafic continue, la question ne sera plus seulement de réduire des retards, mais de savoir si la France peut rester au niveau attendu dans le ciel européen.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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