En bref
- Les arrêts longs continuent de progresser
- Le gouvernement serre les règles dès septembre
- Un chercheur pointe aussi le rôle du management
Les arrêts maladie de longue durée progressent, et le sujet ne se limite pas au contrôle des abus. Pour Gabriel Lomellini, enseignant-chercheur à ICN Business School, cette hausse dit aussi quelque chose de l’état du management et des conditions de travail.
Une hausse qui touche d’abord la santé psychique
Le dernier baromètre de Axa confirme une tendance de fond, avec une progression des absences, surtout sur les arrêts longs. Toutes les catégories sociales sont concernées, mais les moins de 30 ans et les cadres apparaissent particulièrement touchés.
En 2025, les troubles psychologiques représentent 38 % des arrêts longs, devant les troubles musculosquelettiques à 27 %. La facture globale atteint environ 18 milliards d’euros.
C’est dans ce contexte que le gouvernement a annoncé plusieurs mesures. À partir du 1er septembre, une première prescription d’arrêt de travail sera limitée à 31 jours, puis à 62 jours pour une prolongation. L’exécutif dit vouloir à la fois améliorer la qualité de vie au travail et réduire les abus.
Le travail réel, angle mort du débat
Pour Gabriel Lomellini, un point manque dans cette réponse, le rôle du management dans la santé au travail. Son analyse repose sur l’idée que l’absentéisme ne relève pas seulement de situations individuelles, mais aussi de l’organisation du travail.
Le psychiatre et médecin du travail Claude Veil l’écrivait déjà dans les années 1960, en considérant l’absentéisme comme un symptôme de l’état de l’entreprise. Autrement dit, ce qui se passe dans les équipes compte parfois plus que les caractéristiques des salariés eux-mêmes.
L’enjeu, selon lui, est de tenir compte du travail réel, celui qui est effectivement accompli. Une infirmière, par exemple, ne fait pas qu’enchaîner des gestes techniques. Si les cadences ou les objectifs empêchent d’écouter un patient ou de créer un lien, la qualité du travail recule, et la souffrance peut s’installer.
Verticalité, chiffres et retour du contrôle
L’auteur voit dans l’arrêt maladie un indicateur possible de l’état du management. Il décrit un management encore très vertical en France, avec une autonomie limitée pour les salariés.
Le télétravail massif pendant le Covid-19 a pu être vécu comme une marge de liberté supplémentaire. À l’inverse, le retour au bureau a parfois été perçu comme une reprise en main.
Autre critique, le poids croissant des indicateurs chiffrés. Dans le privé comme dans le public, avec le New Public Management, les outils de performance se sont multipliés. La sociologue Marie-Anne Dujarier parle d’un management désincarné, conçu loin du métier et du vécu des salariés.
L’IA ajoute de nouveaux risques
Le tableau se complique encore avec l’intelligence artificielle. Dans des plateformes comme Uber, des algorithmes organisent déjà une partie du travail, distribuent les tâches et évaluent les travailleurs. Les livreurs et chauffeurs VTC se retrouvent isolés, notés en permanence et soumis à des systèmes difficiles à lire.
Ces logiques gagnent aussi d’autres professions, comme le journalisme ou les scénaristes à Hollywood. Certains cadres évoquent même un sentiment de « cerveau grillé » lié à un usage intensif de l’IA.
Pour Gabriel Lomellini, la hausse des arrêts maladie doit donc être lue comme un signal plus large sur notre rapport collectif au travail. Et pas seulement comme un poste de dépense à réduire.