En bref
- Le durcissement promis a peu modifié les corrections
- Les consignes sont restées floues dans plusieurs académies
- Le débat pourrait revenir dès la session prochaine
L’annonce était nette. Dans les salles de correction, elle a pourtant eu peu d’effet. Pour cette session du baccalauréat, plusieurs syndicats et enseignants disent que le tour de vis promis sur l’orthographe est resté largement théorique.
Une consigne affichée, des copies corrigées presque comme avant
Depuis le mois de mai, Édouard Geffray répétait qu’une copie avec un niveau insuffisant en orthographe ne devait pas obtenir la moyenne, avec des barèmes annoncés dans toutes les disciplines. Mais sur le terrain, les pratiques ont peu bougé.
Dans une commission académique francilienne de HGGSP, un participant affirme qu’il a été indiqué à une centaine de correcteurs qu’il n’y avait pas de modification du barème. Même écho du côté du français en filière technologique, où une correctrice explique que les grilles présentées changeaient peu par rapport à l’an dernier.
Pour Éric Nicollet, secrétaire général du SUI-FSU, les déclarations du ministre relevaient de propos hasardeux. Il estime surtout que personne n’a vraiment compris comment les traduire dès cette session.
Des rappels officiels trop vagues pour changer la notation
Le cadre existait déjà. Un texte publié au Bulletin officiel en août dernier prévoit que chaque correcteur intègre la qualité rédactionnelle dans la note. Mais il reste très général, sans mode d’emploi précis.
Résultat, selon plusieurs retours syndicaux, certaines équipes n’ont reçu aucune consigne particulière. Ailleurs, il y a eu un simple rappel du texte, parfois accompagné d’un message oral invitant à ne rien changer. Quelques académies ont bien ajouté des critères spécifiques, note Jean-Rémi Girard, président du Snalc, mais avec des effets limités, de l’ordre d’un demi-point ou d’un point.
Jérôme Rodriguez, professeur de philosophie dans l’académie de Besançon et élu Snes-FSU, dit n’avoir modifié ni sa méthode ni son barème. Il rappelle qu’une copie incompréhensible ne peut déjà pas obtenir la moyenne.
Le ministère sous pression avant les résultats
Au comité social d’administration ministériel organisé en début de semaine, Édouard Geffray a jugé que certaines consignes d’examen n’avaient pas été suivies et a fait savoir son insatisfaction, selon des sources syndicales citées par l’AFP.
Mercredi, dans La Montagne, le ministre a redit qu’un bilan serait tiré après les résultats et a prévenu que des conséquences pourraient être prises si les orientations avaient été édulcorées. Quelque 730 000 candidats découvriront leurs résultats mardi.
Éric Nicollet dit percevoir, à quelques jours de l’échéance, un vent de panique au ministère, avec des recteurs qui cherchent soudain à vérifier si la question de l’orthographe a bien été évoquée.
Un débat de notation qui masque la question de fond
Pour Sophie Vénétitay, il s’agit surtout d’un coup de communication politique lancé juste avant les épreuves écrites, davantage tourné vers l’opinion publique que vers les correcteurs. Et pour l’an prochain, un durcissement plus formel n’est pas exclu. Jérôme Fournier, du SE-Unsa, juge l’hypothèse possible, à condition que les règles soient fixées bien plus tôt.
Reste le fond. Jean-Rémi Girard prévient que la polémique sur la note peut faire oublier l’essentiel, les difficultés croissantes d’une partie des élèves avec la langue, la grammaire, la syntaxe et l’expression écrite.