Police et armes à feu, une pétition qui pèse avant le vote ?

La pétition contre la présomption d’usage légitime des armes par la police a franchi 100 000 signatures avant l’examen du texte mardi.

Smartphone et fourgon de police
Image d'illustration. La pétition pèse avant le vote. — ADN

En bref

  • 100 000 signatures avant le vote mardi
  • Le texte vise policiers et gendarmes
  • Les opposants dénoncent une immunité de principe

Mardi, l’Assemblée nationale doit examiner à nouveau une proposition de loi sur l’usage des armes à feu par les forces de l’ordre. À quelques jours de ce rendez-vous, une pétition hostile au texte a franchi, vendredi 3 juillet 2027, le seuil des 100 000 signatures.

Publiée sur une plateforme dédiée et relayée par des députés opposés au texte, elle vise une proposition portée par Les Républicains. Le texte avait déjà été débattu en janvier. Il revient maintenant dans l’hémicycle, avec une formulation modifiée mais un débat de fond intact.

Un seuil franchi juste avant le retour du texte

Le cap des 100 000 signatures ne bloque pas l’examen de la loi. Il donne en revanche davantage de visibilité à la contestation, puisque la pétition est, à partir de ce seuil, publiée sur le site de l’Assemblée nationale.

Résultat, la mobilisation prend un relief politique au moment le plus sensible, juste avant le vote. Les opposants décrivent le texte comme une atteinte historique à l’État de droit.

Ce que prévoit exactement la proposition de loi

Dans sa version actuelle, le texte prévoit que, lorsque policiers et gendarmes font usage de leurs armes, ils sont présumés avoir agi dans le cadre de la loi. Cette présomption pourrait toutefois être renversée par tout élément de preuve contraire.

Le projet allait plus loin au départ, avec une référence explicite à une présomption de légitime défense. Un amendement ministériel a revu la rédaction, notamment pour sécuriser un soutien plus large dans le camp gouvernemental.

En janvier, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez assurait que ce n’était pas une immunité et que la mesure devait seulement lever l’automaticité de la garde à vue. L’auteur du texte, le député Éric Pauget, plaidait lui pour qu’« aucun policier, aucun gendarme, ne soit retenu par la crainte d’être injustement mis en cause pour avoir simplement accompli son devoir ». Un cadre du Rassemblement national a aussi indiqué que son groupe voterait le texte, en rappelant que l’idée venait au départ de son camp.

Pourquoi les opposants parlent d’atteinte à l’État de droit

Les critiques n’ont pas été désamorcées par cette nouvelle rédaction. Pour les signataires de la pétition, le mécanisme déplacerait la charge de la preuve vers les victimes et dispenserait l’État de justifier l’usage du tir.

La pétition avance aussi que la France compte déjà le plus grand nombre de personnes tuées ou blessées par des agents de la force publique dans l’Union européenne. Elle estime qu’une telle loi pourrait aggraver ces chiffres et contrevenir à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme.

Jeudi, le Conseil de l’Ordre du barreau de Paris a défendu la même ligne, en jugeant que l’État de droit exclut une immunité de principe pour les forces de l’ordre. Le groupe LFI a, lui aussi, appelé à signer la pétition.

La suite institutionnelle est déjà balisée

À 500 000 signatures, une pétition peut être débattue dans l’hémicycle. Mais dans ce dossier, le calendrier va plus vite que la mobilisation, puisque la proposition de loi doit déjà être examinée mardi.

Et si elle est adoptée, le texte poursuivra son parcours au Sénat.

Jérôme Nelra

Spécialiste Société

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