En bref
- La glucosamine aide parfois, mais modestement
- Les études restent mitigées sur l’arthrose
- Une alerte récente vise le risque cognitif
Des millions d’adultes prennent de la glucosamine pour leurs articulations. Le problème, c’est que son succès dépasse assez nettement la solidité des preuves scientifiques.
Un complément très installé, pour une promesse simple
La glucosamine est un amino-sucre présent naturellement dans l’organisme. Son rôle, en gros, est lié à la formation et à la réparation du cartilage, ce tissu qui amortit les chocs au niveau des articulations.
Comme ce cartilage s’use avec l’âge, beaucoup de patients espèrent qu’un apport en complément pourra soutenir leurs genoux ou réduire les symptômes de l’arthrose. Les fabricants la tirent généralement de crustacés ou la produisent en laboratoire. Elle est souvent vendue avec du sulfate de chondroïtine, en gélules ou en comprimés, avec une promesse simple, améliorer le confort, la mobilité et la santé des articulations.
Ce que montrent vraiment les études
Sur le terrain, Claudette Lajam, chirurgienne orthopédique au NYU Langone Orthopedic Center et professeure à la NYU Grossman School of Medicine, dit avoir observé que l’association glucosamine-chondroïtine semble aider certaines personnes souffrant d’arthrite.
Mais côté recherche, le tableau est plus hésitant. Nathan K. Endres, professeur associé d’orthopédie et de rééducation à la University of Vermont Larner College of Medicine, juge que les preuves en faveur de la glucosamine sont au mieux assez faibles.
Le National Center for Complementary and Integrative Health note d’ailleurs que peu d’études ont porté sur d’autres articulations que le genou, avec des résultats limités sur la douleur ou la structure articulaire. Pour l’arthrose du genou, la littérature est abondante, mais contradictoire. Une étude de 2008 n’a pas trouvé de différence cliniquement importante face à un placebo sur la largeur de l’espace articulaire. Une autre, en 2016, a même suggéré que le placebo réduisait mieux la douleur au genou. À l’inverse, une méta-analyse publiée en 2022 a relevé un avantage statistiquement significatif du duo glucosamine-chondroïtine sur un questionnaire d’évaluation des symptômes. Pas de quoi parler d’effet spectaculaire, quand même.
Plutôt bien tolérée, mais pas sans questions
Sur la sécurité, les deux spécialistes rappellent que la glucosamine est généralement considérée comme sûre pour la plupart des gens. Les effets secondaires connus restent plutôt modérés, avec des maux de tête, des nausées ou de la constipation.
Une étude récente a toutefois observé une association entre sa prise et un déclin cognitif plus rapide chez des personnes ayant déjà de légers troubles cognitifs, ainsi qu’un risque plus élevé de décès dans les cinq ans chez des patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Important, cette recherche montre un lien, pas une relation de cause à effet. Claudette Lajam avance une autre piste, les personnes qui bougent moins, et qui sont aussi plus susceptibles de prendre ce complément, présentent déjà un risque plus élevé de démence.
Le vrai point de vigilance, c’est aussi ce qu’on achète
Il existe aussi des risques mieux établis. La glucosamine peut augmenter le risque de saignement chez les personnes sous warfarine, et son association avec le paracétamol peut réduire l’efficacité des deux.
Autre limite, les compléments comme celui-ci restent peu encadrés par la Food and Drug Administration. Pour Nathan K. Endres, cela signifie qu’on ne sait pas toujours précisément ce qu’on achète, ni en quelle dose. Claudette Lajam conseille donc d’en parler à un médecin, puis de mesurer sa douleur avant l’essai et 30 jours après. Sa formule est sèche et parlante, « ça amincit le portefeuille ». Et c’est sans doute la vraie question à moyen terme, payer pour un effet réel, ou pour une promesse qui reste encore floue.