Canicule de juin, morgues pleines et lourd bilan humain en vue

Les décès grimpent depuis le 24 juin et les chambres funéraires débordent déjà dans plusieurs villes. Les prochains jours inquiètent aussi les soignants.

Agent funéraire devant une morgue
Image d'illustration. La canicule de juin alourdit le bilan humain. — ADN

En bref

  • Environ 1 000 décès supplémentaires depuis le 24 juin
  • Des chambres funéraires saturent dans plusieurs grandes villes
  • Les morts à domicile progressent fortement

La canicule de fin juin a déjà provoqué une nette hausse de la mortalité en France, et le bilan pourrait encore s’alourdir. Les premiers relevés publiés dimanche 28 juin par Santé publique France font état d’environ 1 000 décès supplémentaires depuis le 24 juin par rapport au niveau habituel.

Des décès déjà nettement au-dessus de la normale

À cette période de l’année, le pays enregistre d’ordinaire entre 900 et 1 000 morts par jour. Or, plus de 1 200 décès, toutes causes confondues, ont été comptabilisés le 24 juin, puis 1 400 les 25 et 26 juin.

Autre donnée lourde, environ 85 % de ces morts concernent des personnes de 65 ans et plus. Le total reste provisoire, mais il dessine déjà un épisode sanitaire majeur.

Les chambres funéraires arrivent à la limite

Le système funéraire encaisse lui aussi le choc. Selon Élisabeth Charrier, déléguée générale de la Fédération nationale du funéraire, le taux d’occupation des chambres funéraires, habituellement compris entre 30 % et 45 % l’été, dépassait lundi 29 juin les 66 % au niveau national.

Dans certaines zones urbaines denses, ce taux atteignait même 100 %. À Paris, les deux chambres funéraires intra-muros sont pleines depuis vendredi 26 juin. Il faut donc chercher des places en petite couronne, en grande couronne, parfois plus loin encore. La professionnelle redoute aussi un allongement des délais de crémation et une surcharge pour les personnels des cimetières.

La hausse des morts à domicile inquiète les soignants

Ce qui frappe, cette fois, c’est la place des décès hors de l’hôpital. Des témoins, des soignants et des services funéraires ont signalé ces derniers jours des personnes âgées isolées retrouvées mortes seules dans des logements surchauffés.

Un responsable du secteur funéraire résume le basculement ainsi : « Habituellement, on a 80% des défunts qui viennent des milieux hospitaliers, et 20% des décès à domicile. Aujourd’hui, on est à plus de 50% à domicile ».

Et les autres indicateurs vont dans le même sens. Dimanche 28 juin, SOS Médecins a observé 3,5 fois plus de décès lors de visites à domicile qu’au cours d’une journée normale. Le ministère de la Santé s’est dit préoccupé par cette évolution. Depuis le milieu de semaine dernière, les morts à domicile ont augmenté d’environ 40 %, surtout en région parisienne.

Le spectre de 2003 revient, sans certitude sur l’ampleur

La CGT santé et action sociale a saisi le Premier ministre Sébastien Lecornu dans une lettre ouverte. Le syndicat craint une catastrophe sanitaire comparable, voire supérieure, à celle de 2003 et demande des moyens débloqués en urgence pour éviter de nouvelles morts.

La comparaison pèse forcément. En août 2003, la chaleur avait causé 15 000 décès. Une nouvelle vague est attendue la semaine prochaine. Pour Nicolas Revel, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, le pays ne devrait pas atteindre ce niveau, mais le bilan sera probablement supérieur à celui de 2025, année marquée par 5 700 morts liées à la chaleur.

Jérôme Nelra

Éditeur·rice

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