En bref
- Un malus textile s’applique depuis mardi en France
- Shein et Temu sont surtout dans le viseur
- D’autres restrictions suivront au début de 2026
La France a choisi de frapper un modèle économique bien précis, celui de la mode ultra-éphémère. Depuis mardi, un malus s’applique aux entreprises qui inondent le marché de vêtements très bon marché, renouvelés à une vitesse industrielle.
La France cible un modèle, pas tous les habits
Ce point compte, parce qu’on pourrait croire à une taxe de plus sur l’habillement. Ce n’est pas le cas. Le dispositif prend la forme d’une éco-contribution payée par les entreprises concernées, dans le cadre de la loi anti-fast fashion adoptée cet été.
L’idée est de pénaliser ce qu’appelle le gouvernement la mode jetable. Le cabinet du ministre de la Transition écologique a insisté lundi sur l’urgence d’agir face à l’ultra-fast fashion.
Un calcul complexe, avec des pénalités déjà chiffrées
Dans le détail, le mécanisme est assez technique. Chaque vêtement reçoit un score calculé notamment à partir du volume mis sur le marché par la plateforme, de la diversité des références proposées et de l’incitation à la réparation, avec une comparaison au coût de cette réparation.
Résultat, les montants varieront selon les pièces. En 2026, les entreprises visées paieront 50 centimes pour un caleçon sous le seuil fixé, 2 euros pour un tee-shirt, 9 euros pour un jean et 12 euros pour une veste. D’ici 2030, la pénalité pourra grimper jusqu’à 19,50 euros par article, avec un plafond fixé à 50 % du prix hors taxe. La collecte sera assurée par Refashion, l’éco-organisme mandaté par l’Etat pour la filière textile.
Pourquoi Shein est visé et pas Zara ou H&M
Tout se joue sur l’échelle. Entre ba et sh, qui met environ 300 produits différents par an sur le marché, Kiabi avec 17.400, Zara autour de 20.000, et Shein avec 1,7 million de références, l’écart est massif.
C’est ce qui explique que Shein, mais aussi Temu et AliExpress, soient dans le viseur. A l’inverse, le cabinet de Mathieu Lefèvre avait expliqué en juillet que des enseignes de fast fashion comme Primark, Zara, Uniqlo ou H&M ne seraient pas touchées par ce malus.
Une mesure qui ne s’arrête pas au malus
Derrière ce choix, il y a plusieurs reproches. Autorités publiques, associations et parlementaires accusent ces grandes plateformes de nourrir la pollution environnementale par les volumes écoulés, de créer une concurrence jugée déloyale pour les entreprises européennes, et parfois d’être liées à du travail forcé dans certaines usines.
La coalition Stop Fast Fashion regrette, elle, un périmètre trop restreint et demande un élargissement rapide à l’ensemble de la fast fashion. De son côté, Serge Papin défend une différence de traitement entre les plateformes qui contournent les règles et les marques européennes disposant de magasins physiques, d’emplois et de charges en France.
Et ce n’est qu’un début. Au début de l’année prochaine, ces plateformes devront aussi informer les consommateurs sur l’impact environnemental de leurs achats. Leur publicité sera également interdite. Ce malus ouvre donc une séquence plus large, où la régulation du commerce en ligne passe aussi par la façon dont on vend, pas seulement par ce que l’on vend.