En bref
- Réception des factures électroniques désormais obligatoire
- Les petites entreprises ont un an de plus
- Le risque cyber inquiète déjà des professionnels
La bascule arrive au moment où les cyberattaques occupent déjà une bonne part de l’actualité française. Et ce calendrier n’est pas neutre. Car la facturation électronique, vendue comme un outil de modernisation, concentre aussi des données sensibles et un morceau très concret de la vie économique des entreprises.
Une obligation qui s’impose à presque toutes les entreprises
Dès ce mardi, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir des factures électroniques. Elles doivent aussi transmettre à l’Etat leurs données de transaction et de paiement.
Seule exception, les plus petits acteurs. Les structures de moins de 250 salariés et réalisant moins de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires ont un an supplémentaire pour s’adapter. En cas de manquement, la sanction prévue atteint 50 euros par facture électronique non émise, avec un plafond annuel de 15.000 euros.
Ce n’est pas une découverte totale pour tout le monde. La plateforme obligatoire Chorus Pro existe déjà pour les fournisseurs qui vendent biens ou services à la sphère publique en France.
Derrière la promesse de simplification, un coût et des critiques
Le dispositif repose sur 135 plateformes agréées par l’Etat. Elles sont portées par des entreprises privées et, dans la plupart des cas, leurs services seront payants.
Delphine Chevallier, fondatrice de Thalia NeoMedia, explique que les fonctions les plus basiques pourront parfois rester gratuites, mais que des opérations un peu plus complexes feront vite passer à la caisse. De son côté, Bérengère Dubus, dirigeante de l’Union des intermédiaires de crédit, critique un surcoût imposé aux entreprises et estime qu’on leur transfère un rôle qui relevait jusque-là de l’Etat.
L’Etat, lui, présente cette réforme comme un levier de performance, avec des échanges plus rapides et un meilleur suivi des factures. Mais Bérengère Dubus juge aussi que la modification d’une facture devient plus complexe, notamment en cas d’oubli ou de nouveau devis.
Le vrai moteur, la traque à la fraude à la TVA
Au-delà du discours sur la simplification, Delphine Chevallier résume l’enjeu principal en une formule très directe, « C’est surtout du contrôle fiscal, contre les fraudes à la TVA. »
La mesure suit aussi un mouvement plus large. L’Italie a ouvert la voie en 2019. L’Allemagne, la Belgique et l’Espagne avancent à leur tour, pendant que l’Union européenne vise une harmonisation générale d’ici 2030.
Des données sensibles concentrées, donc une cible plus tentante
Une facture dit beaucoup. Le client, la prestation, le montant. Pour Delphine Chevallier, si un pirate compromet le système, c’est tout le modèle économique de l’entreprise qui peut se bloquer, faute d’accès aux factures envoyées comme reçues.
Son conseil, garder un plan B et un suivi des factures hors plateforme. Elle rappelle aussi que les anciens usages, notamment l’envoi par mail, ne sont pas forcément plus sûrs.
Mais la concentration change l’échelle du risque. Bérengère Dubus estime que de grandes plateformes regroupant des milliers de factures seront des cibles plus attirantes pour les hackeurs. Et elle pointe les précédentes failles touchant l’Etat, du Fisc au Système d’information sur les armes. Ce débat-là dépasse la simple facture, il touche à la confiance dans toute la numérisation administrative.