En bref
- Les factures papier sortent définitivement du paysage
- Les TPE dénoncent coût et complexité
- Aucune amende prévue en 2026
La bascule commence mardi, mais tout le monde ne l’aborde pas avec le même calme. Sur le papier, la facturation électronique doit simplifier les échanges. Dans les petites entreprises, beaucoup y voient surtout une nouvelle couche de gestion, parfois payante, parfois floue.
Une obligation qui change tout dès mardi
À partir de mardi, les entreprises devront recevoir leurs factures via une plateforme agréée par l’État. Les factures papier, déjà devenues rares, disparaissent donc complètement de ce circuit.
David Amiel, ministre des Comptes publics, a indiqué que 58 % des entreprises avaient déjà choisi leur solution, dans une offre qui dépasse 140 plateformes. Selon lui, la dynamique reste positive.
Derrière cette réforme, il y a aussi un enjeu très concret pour les finances publiques. L’État espère récupérer environ 3 milliards d’euros de TVA perdue, sur un manque à gagner annuel évalué entre 6 et 10 milliards d’euros.
Pour les TPE, la promesse de simplicité sonne différemment
Là où les PME ou les grandes entreprises, souvent mieux équipées en comptabilité, ne prévoient pas de gros blocages, les très petites structures sont plus inquiètes. Jean-Guilhem Darré, du SDI, expliquait qu’énormément d’entreprises n’étaient pas prêtes et que de nombreux adhérents appelaient pour comprendre comment choisir leur plateforme.
Le point qui crispe le plus, c’est le prix. Ces outils coûtent souvent quelques dizaines d’euros par mois, alors qu’une plateforme publique et gratuite avait été promise. Jean-Luc Mélenchon a d’ailleurs défendu l’idée d’un véritable service public pour les petits artisans, commerçants ou agriculteurs, plutôt qu’un marché.
Dans les Vosges, à Mirecourt, Isabelle Muller, qui gère le garage de son mari, raconte avoir déjà passé beaucoup de temps à chercher comment se mettre aux normes. Pour une TPE qui émet une à quatre factures par jour et en reçoit une douzaine par mois, la question du coût n’a rien d’abstrait. Elle envisage une offre présentée comme gratuite avec son nouveau logiciel, mais se demande encore jusqu’à combien de factures cette gratuité vaut et s’il existe une durée d’engagement.
Le piratage a déplacé le débat sur la confiance
En août, un vaste piratage de données personnelles de contribuables a changé l’ambiance. Des voix comme David Lisnard, Sarah Knafo ou Nicolas Dupont-Aignan ont alors demandé un report, voire un boycott de la réforme.
David Amiel a présenté ses excuses, multiplié les prises de parole et assuré que les exigences imposées aux plateformes étaient les plus élevées d’Europe. Surtout, il a annoncé qu’aucune amende ne serait appliquée pour un retard en 2026. En juillet, il avait déjà promis une tolérance jusqu’à fin décembre pour les retardataires de bonne foi.
Pour Jean-Guilhem Darré, cela revient de fait au moratoire réclamé. Isabelle Muller, elle, dit vivre déjà avec la crainte quotidienne de perdre des données.
Une réforme déjà vue ailleurs, mais encore fragile ici
La France n’avance pas seule. La Belgique applique déjà la facturation électronique depuis le 1er janvier.
Mais ici, le démarrage montre autre chose. La technique n’est pas le seul sujet. Il y a aussi la confiance, le temps administratif et, pour les plus petites structures, une question simple quand même : combien cette mise aux normes va réellement leur coûter.