En bref
- K-9 a restauré des fonctions chez la souris
- Le composé protège nerfs, myéline et biomarqueurs
- Des essais humains restent indispensables
Dans la sclérose en plaques, les traitements actuels cherchent surtout à éviter la prochaine poussée. Ici, l’enjeu est autre. Des travaux menés à UVA Health, aux États-Unis, suggèrent qu’un candidat médicament pourrait aussi aider à récupérer des fonctions neurologiques déjà perdues, au moins chez la souris.
Là où les traitements actuels s’arrêtent
La maladie reste la pathologie neurologique invalidante la plus fréquente chez les jeunes adultes. Elle apparaît souvent entre 20 et 40 ans, avec des symptômes comme une perte de vision ou une fatigue marquée, avant de pouvoir évoluer vers une faiblesse musculaire et des difficultés à se déplacer.
Il n’existe pas de guérison aujourd’hui. Les médicaments disponibles peuvent ralentir l’évolution et réduire la fréquence des rechutes, mais la qualité de vie reste parfois lourdement dégradée. En moyenne, les patients vivent aussi sept ans de moins que les personnes non atteintes.
Chez la souris, K-9 fait plus que freiner la maladie
Le composé en question, baptisé Kamuvudine K-9, a été développé par le docteur Jayakrishna Ambati, de l’Université de Virginie. Les résultats, publiés dans Science Translational Medicine, montrent que le produit a non seulement stoppé l’aggravation, mais aussi inversé une paralysie et une perte de vision dans un modèle murin de sclérose en plaques.
Les chercheurs rapportent aussi une préservation des fibres nerveuses et de la myéline, cette gaine protectrice détruite par la maladie. Le traitement a également empêché l’augmentation de la chaîne légère de neurofilament, ou NfL, un marqueur sanguin de l’atteinte nerveuse. Dans les mêmes expériences, des animaux traités avec un médicament déjà approuvé contre la sclérose en plaques n’ont pas retrouvé un niveau de fonction comparable.
Un dérivé des anti-VIH avec une piste chez l’humain
K-9 dérive de médicaments contre le VIH déjà autorisés chez l’humain, les inhibiteurs nucléosidiques ou nucléotidiques de la transcriptase inverse. Selon Jayakrishna Ambati, la plupart des thérapies visent à prévenir la poussée suivante, alors qu’ici les animaux ont récupéré des fonctions déjà perdues. Il estime donc qu’il existe des raisons solides de tester cette approche chez les patients.
Son équipe avance aussi des données épidémiologiques. En analysant des dossiers d’assurance santé portant sur plus de 3 millions de personnes, les chercheurs ont observé une association entre l’usage de ces traitements anti-VIH et une baisse de 41 % du risque de développer la maladie, ainsi qu’une réduction de 36 % du taux annuel de rechute chez les patients concernés.
Pourquoi la prudence reste de mise
Le mécanisme étudié passe par le blocage d’une voie inflammatoire, l’activation de l’inflammasome. C’est ce qui a poussé l’équipe à développer K-9 comme une alternative qui paraît plus sûre, et potentiellement plus efficace.
Mais K-9 reste expérimental dans la sclérose en plaques. Des essais cliniques contrôlés seront nécessaires pour savoir si ce qui a été observé chez la souris vaut aussi chez l’humain. Le composé est déjà entré en essais pour des maladies oculaires, comme l’œdème maculaire diabétique et l’ophtalmopathie thyroïdienne, ce qui pourrait accélérer son évaluation. Les chercheurs citent aussi d’autres pistes, comme la SLA, et plus largement des maladies où l’inflammasome et la lésion axonale jouent un rôle.