Le milliardaire Pierre-Édouard Stérin boycotte à nouveau l’audition parlementaire : quelles conséquences pour lui ?

Pierre-Édouard Stérin, l’homme d’affaires à la tête d’une immense fortune, a de nouveau décliné l’invitation des députés à comparaître devant l’Assemblée. Cette décision pourrait entraîner pour lui des conséquences juridiques et politiques importantes.

Détails intriqués de la façade de l assemblée nationale
Image d'illustration. Détails intriqués de la façade de l'assemblée nationale — ADN

Tl;dr

  • Stérin refuse deux fois de comparaître devant la commission.
  • Il invoque des menaces et réclame la visioconférence.
  • Le refus expose à deux ans de prison, 7 500 € d’amende.

L’absence remarquée de Pierre-Édouard Stérin

Ce mardi 20 mai 2025, l’Assemblée nationale a constaté le siège vide de Pierre-Édouard Stérin. Ce n’est pas la première fois que l’homme d’affaires échappe à une convocation : déjà sollicité la semaine précédente par la commission d’enquête sur l’organisation des élections en France, il n’avait pas répondu présent.

Ce nouvel épisode a conduit le président de la commission, Thomas Cazenave, à suspendre la séance. « Je constate son absence qui n’est pas une surprise », a-t-il glissé avec un mélange d’exaspération et de résignation avant de réunir en urgence le bureau pour décider des suites à donner.

Des inquiétudes sécuritaires au cœur du débat

Pourquoi ce refus répété ? Selon les déclarations de l’intéressé, tout s’explique par les « raisons de sécurité » invoquées. Fondateur du projet politique Périclès et cofondateur des coffrets cadeaux Smartbox, Pierre-Édouard Stérin affirme avoir reçu des menaces de mort. Dès lors, il ne souhaite se présenter devant les députés qu’en visioconférence — un format, argue-t-il, « régulièrement utilisé à l’Assemblée nationale », en citant divers précédents.

L’homme d’affaires avait réaffirmé sa disponibilité dans un communiqué diffusé lundi soir, promettant de répondre aux questions des parlementaires… mais uniquement à distance. Un argument qu’il défend bec et ongles, malgré les mesures exceptionnelles promises : selon le ministère de l’Intérieur, sa sécurité devait être assurée sur tout le trajet entre son domicile et l’hémicycle. Pourtant, pour Thomas Cazenave, cette garantie suffisait : « il n’y a plus vraiment de motif justifiant qu’il ne se présente pas physiquement », estime-t-il.

Sévère rappel à la loi et conséquences judiciaires possibles

À quoi s’expose concrètement Pierre-Édouard Stérin ? La loi prévoit clairement que le refus de comparaître devant une commission d’enquête peut valoir jusqu’à deux ans d’emprisonnement assortis d’une amende pouvant atteindre 7 500 euros. Le bureau de la commission, rassemblé en urgence mardi matin, envisage désormais plusieurs scénarios :

  • Saisine du procureur de la République en cas d’absence persistante.
  • Poursuites judiciaires potentielles pour entrave aux travaux parlementaires.

L’impatience gagne certains membres du Parlement. Sur X (ex-Twitter), le député LFI Antoine Léaument, rapporteur de la commission, a ainsi asséné : « Nul n’est au-dessus des lois : les manœuvres dilatoires de Pierre-Edouard Stérin ont assez duré. »

Derrière la controverse, un débat sur les usages institutionnels

Au fond, cette affaire soulève aussi une question plus large : jusqu’où peut-on accepter les arguments sécuritaires pour déroger aux obligations républicaines

? Si le recours à la visioconférence s’est banalisé dans certains contextes — tables rondes ou auditions multiples — il reste exceptionnel pour les interrogatoires individuels jugés sensibles. Cette tension entre innovation procédurale et respect des règles fait désormais vaciller les certitudes au sein même du Palais Bourbon.

Jérôme Nelra

Éditeur·rice

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