Essence à plus de 2 euros : ces trajets que les Français coupent

À Toulouse, la hausse du carburant pousse des automobilistes à supprimer marchés, week-ends ou loisirs. Les trajets non essentiels sont les premiers touchés.

Vue détaillée d'une buse de carburant insérée dans un réservoir avec une palette de couleurs minimaliste
Image d'illustration. Gros plan d une buse de carburant dans un réservoir en palette minimaliste — ADN

En bref

  • Les loisirs sont les premiers trajets sacrifiés
  • À Toulouse, le gazole atteint 2,40 euros
  • Le train ou la proximité deviennent des solutions

Les premiers kilomètres à sauter ne sont pas ceux du travail. Ce sont les autres, les trajets de marché, de week-end, de sport, ou juste de respiration. À Toulouse, la nouvelle hausse du carburant pousse surtout les automobilistes à rogner sur ces déplacements choisis, ceux qui faisaient tenir l’équilibre du quotidien.

Les petits déplacements passent à la trappe

Pour Sylvain et sa famille, la coupure est nette. Leur sortie du samedi au marché de L’Isle-Jourdain, à une quarantaine de minutes, est mise de côté. Ils se rabattent sur les marchés du centre-ville de Toulouse, jugeant le détour vers le Gers trop coûteux. Même le TER ne lui semble pas une vraie solution pour ce type de courses.

Chez Henriette, le choc passe par le budget du foyer. Elle se déplace surtout en mobilités douces pour travailler en centre-ville, mais son mari fait la route jusqu’à Colomiers et travaille aussi comme chauffeur routier. À cela s’ajoute, dit-elle, l’absence de prime d’intéressement cette année. Résultat, les week-ends sautent et chaque dépense est davantage pesée.

À la pompe, les prix installent un nouveau seuil

Lundi matin, dans le quartier de Rangueil, les panneaux de Esso Express et Avia affichaient 2,40 euros le litre de gazole et 2,20 euros pour le sans-plomb 95. Une barre symbolique, et pas franchement anodine pour des ménages qui doivent déjà compter.

Dans le centre de la Ville rose, une station Total, allée des Demoiselles, était même fermée, possiblement faute d’approvisionnement ou après avoir été prise d’assaut. Cette flambée des prix est reliée aux tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz et à la guerre en Iran, qui continuent de tirer les cours vers le haut.

Loisirs, études, défouloir : chacun cherche sa parade

Avec sa vieille Corsa, Louna a fait ses comptes. Sa salle de sport, située à 20 kilomètres de chez elle en périphérie, devient trop loin pour rester intéressante. Le trajet aller-retour pèse désormais sur le coût même de la séance.

Plus jeune, Matthéo, étudiant en médecine, a préféré remplir son réservoir pour 83 euros avant une éventuelle nouvelle hausse. Quand il le peut, il bascule vers le train, aidé par sa carte jeune. D’autres renoncements sont plus intimes. À 21 ans, Samia explique qu’elle ne peut plus se permettre ces trajets en voiture la nuit où elle chantait pour décompresser après une mauvaise journée.

Vivre près de son travail, le calcul qui change tout

Une seule conductrice rencontrée affiche un peu de sérénité. Carole raconte s’être installée près de son travail il y a trois ans, alors que le carburant montait déjà. Elle utilise donc très peu sa voiture et garde ces kilomètres pour ses loisirs ou voir ses amis.

Pour la plupart des automobilistes croisés à Toulouse, le réflexe est désormais le même, calculer avant de démarrer. Bon pour la planète, peut-être. Mais dans l’immédiat, ce sont surtout les petits plaisirs qui paient la note.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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