Patrimoine : la Cour des comptes vise les très grosses fortunes

La Cour des comptes veut revoir la fiscalité du patrimoine, avec des allégements ciblés mais une contribution accrue pour les ménages les plus riches.

Quartier parisien aux immeubles cossus
Image d'illustration. Le débat porte sur l’impôt sur le patrimoine. — ADN

En bref

  • La Cour des comptes veut revoir la fiscalité patrimoniale
  • Les plus gros patrimoines seraient davantage taxés
  • Des allégements sont aussi proposés

La moitié du patrimoine des ménages est détenue par 10 % d’entre eux. C’est le constat avancé par la Cour des comptes, qui remet sur la table une réforme de la fiscalité patrimoniale, à quelques mois des élections.

Selon Carine Camby, présidente de la première chambre de la Cour des comptes, 50 % du patrimoine appartient aujourd’hui à cette minorité de ménages. Elle a aussi rappelé que le patrimoine total des ménages approche les 17 000 milliards d’euros, pour un patrimoine médian de 250 000 euros. D’après elle, cette masse a fortement progressé depuis une cinquantaine d’années, plus vite que les revenus, surtout sous l’effet de l’héritage.

Une concentration du patrimoine jugée décisive

Ce point sert de base à toute la réflexion de la Cour des comptes. L’institution ne propose pas une refonte générale de la fiscalité, mais une série d’ajustements censés corriger un système qu’elle juge de moins en moins lisible.

Le sujet est sensible, forcément. Mais le message est clair, la concentration du patrimoine pèse désormais assez lourd pour justifier une révision des règles.

Un système fiscal accusé d’être trop opaque

En 2025, le produit de la fiscalité patrimoniale a atteint 117 milliards d’euros, toujours selon la Cour des comptes. Environ 60 % viennent de la détention du patrimoine, et 40 % de ses revenus.

Pour l’institution, le problème n’est pas seulement le niveau des prélèvements. Elle estime que les nombreuses dérogations finissent par rendre l’imposition dégressive pour les patrimoines les plus élevés, alors même que les taux affichés sont souvent supérieurs à ceux observés ailleurs en Europe. Résultat, un système décrit comme un « millefeuille complexe et peu intelligible ».

Les hausses visent la fortune, les holdings et certaines niches

La Cour des comptes ne reprend pas l’idée d’une taxe annuelle de 2 % sur le patrimoine défendue à gauche avec la taxe Zucman. Elle préfère une taxation de la fortune personnelle, modérée mais progressive, en excluant les actifs professionnels. Gain attendu, 1,4 milliard d’euros.

Elle ajoute une extension de la taxe sur les holdings, pour 1 milliard d’euros. S’y ajoutent une baisse de l’avantage fiscal du Pacte Dutreil, qui exonère à 75 % les transmissions intrafamiliales d’entreprises, pour 1,3 milliard, ainsi qu’une fiscalisation des intérêts sur les dépôts au-delà des plafonds de l’épargne réglementée, à hauteur de 80 millions d’euros. Autre piste, réduire les montants d’assurance vie exonérés de droits de succession, pour 1,25 milliard.

Des baisses d’impôts prévues en parallèle

En face, la Cour des comptes propose aussi des allégements. Elle vise 1,1 milliard d’euros de baisse sur la fiscalité des transactions immobilières et une réduction de cinq points de toutes les tranches des droits sur les transmissions de patrimoine, pour 2,1 milliards.

D’après Carine Camby, l’ensemble produirait une hausse très modérée, de 1,83 milliard d’euros, supportée uniquement par les détenteurs des patrimoines les plus importants. Le débat, lui, arrive en pleine séquence électorale.

Jérôme Nelra

Spécialiste Économie

X Tous ses articles →
Une erreur dans cet article ?

Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.

Sujets
Cour des comptes Impôts et taxes Patrimoine immobilier

Lisez 24matins en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources

À découvrir

La suite, sélectionnée pour vous.