L’impôt sur la fortune improductive : une invention fiscale parmi les plus controversées ?

L’impôt sur la fortune improductive suscite de vifs débats parmi les économistes et les contribuables, certains y voyant une mesure inadaptée qui pénalise des actifs sans rendement et pose question sur la logique fiscale derrière son application.

Balance représentant impôt sur revenu
Image d'illustration. Balance représentant impôt sur revenu — ADN

Tl;dr

  • L’IFI élargi risque de fragiliser l’assurance vie en fonds euros.
  • La dette publique et l’investissement français pourraient en pâtir.
  • Un report vers des placements risqués ou étrangers est redouté.

Des députés audacieux, mais à quel prix ?

Le 31 octobre dernier, l’Assemblée nationale a adopté un amendement singulier sur l’impôt sur la fortune improductive (IFI). Une extension qui englobe désormais une vaste gamme de biens, dont les fameuses assurances vie en fonds euros. Si l’intention affichée était d’aller chercher de nouveaux revenus fiscaux sur des actifs jugés « improductifs », beaucoup s’interrogent sur les conséquences concrètes pour l’économie française.

L’épargne préférée des Français fragilisée

Avec ce nouvel IFI, taxer à hauteur de 1 % les fonds euros revient, selon plusieurs experts du secteur, à rendre ces placements nettement moins attractifs. Or, l’assurance vie, pilier de l’épargne hexagonale, représente aujourd’hui près de 2.084 milliards d’euros. Deux tiers sont investis dans des fonds euros : un produit jusqu’ici plébiscité pour sa stabilité. Mais avec un rendement moyen de seulement 2,6 %, la ponction fiscale envisagée pourrait rendre ce placement inférieur à l’inflation, voire moins avantageux qu’un simple Livret A. Cyril Garbois, cofondateur de Cashbee, n’hésite pas à qualifier le dispositif d’« L’Etat se tire une balle dans le pied ».

L’effet domino sur la dette et les entreprises

Au-delà du sort réservé aux particuliers, c’est tout un pan du financement public qui pourrait vaciller. Contrairement aux idées reçues, 57 % des capitaux placés en fonds euros soutiennent directement les entreprises françaises et près d’un tiers participent au remboursement de la dette souveraine. En rendant cet investissement moins intéressant, le risque serait double :

  • Diminution du financement domestique pour l’économie et la dette française.
  • Basculement massif vers des placements plus risqués ou étrangers.

Gérard Bekerman (Afer) avance que si la taxe pourrait rapporter quelques centaines de millions d’euros par an, elle coûterait jusqu’à 6 milliards en intérêts supplémentaires sur la dette publique.

Quelles alternatives et perspectives ?

Seules les assurances vie supérieures à deux millions d’euros seraient concernées par cette extension de l’IFI – une minorité donc –, mais le symbole reste fort. Certains comme Andrea Ganovelli (Green-Got) admettent que pousser les épargnants vers des placements légèrement plus dynamiques peut sembler positif… mais doutent sérieusement du bien-fondé économique réel derrière ce choix législatif : « Je crois que les députés ont vu le pactole… Taxons-le. » Pour beaucoup d’observateurs, c’est tout l’équilibre entre épargne populaire et financement national qui se retrouve menacé par cette décision précipitée.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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