Crise pétrolière : les profits faramineux de TotalEnergies atteignent le milliard de dollars

Image d'illustration. PetroleADN
Alors que la crise pétrolière a bouleversé l’économie mondiale, TotalEnergies a vu ses bénéfices exploser, engrangeant près d’un milliard de dollars. Retour sur les mécanismes qui ont permis au géant français de tirer profit de cette situation.
Tl;dr
- TotalEnergies a massivement acheté du pétrole hors Ormuz.
- Gains estimés à plus d’un milliard de dollars en mars.
- Contexte : tensions géopolitiques et flambée des prix du brut.
Un coup stratégique dans la tempête pétrolière
Au cœur d’une crise géopolitique majeure, TotalEnergies s’est distingué par une opération d’achat de pétrole d’une ampleur rare. Lorsque le détroit d’Ormuz, passage névralgique pour le transport du brut mondial, a été bloqué en réaction à l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, l’accès à environ 20 % des exportations mondiales de pétrole s’est retrouvé brutalement compromis.
Dès lors, les prix ont littéralement explosé, entraînant le secteur pétrolier dans une tourmente sans précédent.
Le choix du brut non exposé
Face à ce choc, la filiale négoce de TotalEnergies a réagi avec rapidité. Selon S&P Global Energy, elle aurait acquis pas moins de 77 cargos – pratiquement tout ce qui était livrable en mai depuis les ports des Émirats arabes unis et d’Oman. Les cargaisons sélectionnées, principalement les bruts « Murban » et « Oman », présentaient l’avantage crucial de ne pas dépendre du passage par Ormuz. Cette manœuvre a permis au groupe français de se positionner comme acteur quasi hégémonique sur cette partie du marché.
La volatilité exceptionnelle de la période s’explique ainsi : dès que le détroit a été coupé, l’indice « Platts Dubai », utilisé comme référence régionale des prix, s’est retrouvé privé de nombreuses origines de pétrole. Conséquence immédiate : moins de contrats disponibles et une envolée spectaculaire du baril de « Dubai » – passé en quelques jours de 65-70 dollars jusqu’à près de 170 dollars.
Des bénéfices exceptionnels mais difficiles à chiffrer
Dans ce contexte explosif, combien a réellement gagné TotalEnergies? Les estimations oscillent entre « plausible » et « prudente », selon Stephen Innes (SPI AM). Un calcul rapide donne : quelque 35 millions de barils acquis à des prix compris entre 70 et 100 dollars le baril. En capitalisant sur la hausse soudaine – avec un cours moyen à 128,5 dollars sur le mois –, le bénéfice potentiel dépasserait aisément le milliard de dollars.
Les analystes abondent : pour Adi Imsirovic (Université d’Oxford), il est même envisageable que les gains soient supérieurs aux premières projections.
TotalEnergies assume sa stratégie offensive
Interrogée sur ces chiffres vertigineux, la direction ne confirme ni n’infirme les montants mais rappelle devoir «s’assurer des approvisionnements pour elle-même comme pour ses clients».
Elle précise également que le trading reste risqué dans une période aussi incertaine : environ 15 % de la production mondiale du groupe est actuellement à l’arrêt dans la région du Golfe. Mais ce coup tactique place indéniablement TotalEnergies au centre d’un jeu mondial où flexibilité et rapidité valent désormais bien plus qu’une simple prise de risque calculée.