Le conflit en Iran aurait rapporté un milliard de dollars à TotalEnergies

Selon des estimations récentes, le groupe pétrolier TotalEnergies aurait tiré profit du conflit en Iran, engrangeant un bénéfice de près d’un milliard de dollars grâce à la flambée des cours mondiaux du pétrole et du gaz.

Station essence Total
Image d'illustration. Station essence Total — ADN

Tl;dr

  • Stratégie d’achat record de TotalEnergies au Moyen-Orient.
  • Plus d’un milliard de dollars de bénéfices estimés.
  • Blocage du détroit d’Ormuz, flambée des prix pétroliers.

Perturbations dans le Golfe : une aubaine inattendue

Lorsque la région du Golfe a basculé dans l’incertitude fin février, à la suite de l’offensive des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, les conséquences sur le marché pétrolier n’ont pas tardé. En réaction, Téhéran bloque le passage stratégique du détroit d’Ormuz, provoquant une envolée des prix et un brutal assèchement de l’offre mondiale — près de 20 % du brut y transite habituellement. C’est dans cette atmosphère sous haute tension que TotalEnergies va orchestrer une série d’achats aussi audacieuse qu’efficace.

TotalEnergies : mainmise sur les cargaisons clefs

D’après les données rendues publiques par S & P Global Energy, le géant français s’est emparé courant mars de 77 cargos en provenance principalement des Émirats arabes unis et du sultanat d’Oman — autrement dit, presque toutes les cargaisons exportables qui échappaient au blocus. Les bruts « Murban » et « Oman », alors peu exposés aux perturbations, deviennent très recherchés. À travers une stratégie combinant achats physiques et produits dérivés (« papier »), le groupe aurait ainsi réussi à valoriser son stock bien au-dessus des prix initiaux.

Bénéfices records sous fond de volatilité extrême

Le montant évoqué impressionne : selon plusieurs experts cités par le Financial Times ou interrogés par l’AFP, la manœuvre aurait permis à TotalEnergies d’engranger plus d’un milliard de dollars en quelques semaines seulement. Un chiffre que certains analystes jugent même « prudent ». D’ailleurs, pour Stephen Innes, spécialiste chez SPI AM, il suffit de calculer : « Même un gain effectif de 30 à 40 dollars par baril sur environ 35 millions de barils permet rapidement d’atteindre ce seuil symbolique. »

Dans ce contexte où la volatilité règne en maître, la direction du groupe préfère rappeler que si le trading génère parfois d’importantes marges, il expose aussi à des pertes. Mais force est de constater que cette fois-ci, la prise de risque semble avoir été décisive.

Derrière l’opération : sécuriser l’avenir et renforcer son poids

Qu’on ne s’y trompe pas : derrière cette manœuvre exceptionnelle se cache avant tout une volonté farouche de sécuriser ses propres approvisionnements alors qu’une part non négligeable (15 %) de la production mondiale du groupe restait bloquée dans la zone. La concentration rapide des contrats entre les mains d’un acteur dominant a mécaniquement fait grimper les prix du pétrole « Dubaï », renforçant encore la rentabilité de l’opération.

Parmi les éléments ayant rendu possible ce coup stratégique :

Pour certains observateurs comme Adi Imsirovic (Université d’Oxford), il s’agirait peut-être là tout simplement « d’une des plus grandes positions jamais prises sur le marché pétrolier mondial. »

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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