En bref
- Le carburant pourrait atteindre 2,50 euros le litre
- Des appels à manifester circulent déjà sur les réseaux
- Les spécialistes jugent un retour possible, pas imminent
En 2018, le seuil des 1,50 euro par litre avait suffi à mettre le feu au débat. Aujourd’hui, le sans-plomb tourne à 2,07 euros, le diesel à 2,20 euros, et la hausse n’est pas terminée. D’après les prévisions relayées par Roland Lescure, le carburant pourrait même atteindre 2,50 euros le litre en moyenne d’ici la fin du mois.
Des prix plus hauts qu’en 2018, une colère déjà visible
Sur les réseaux, l’idée d’un retour des gilets jaunes circule à nouveau. Certains appellent à reprendre les ronds-points le 17 octobre. D’autres veulent démarrer dès le 12 septembre. Le parallèle avec 2018 est évident, sauf qu’entre-temps, la facture s’est encore alourdie.
Le carburant n’est d’ailleurs pas le seul sujet. L’inflation touche aussi l’alimentation, souvent citée dans les messages partagés en ligne. Et cette accumulation compte autant que le prix à la pompe.
Le malaise social existe, mais il manque encore un déclencheur
Pour Philippe Moati, professeur d’économie et fondateur de l’Obsoco, les Français restent durablement pessimistes et mécontents vis-à-vis du personnel politique. Mais cela ne produit pas automatiquement un mouvement social. Il estime qu’il faut d’abord une aggravation de la situation, puis un élément déclencheur.
Les chiffres qu’il commente donnent quand même la mesure du climat. Dans une enquête de juin de l’Obsoco, 19 % des Français répondaient oui, et 29 % oui plutôt, à l’idée que des actions militantes violentes puissent être nécessaires pour forcer les responsables politiques à prendre en charge la vie de la population. Pour Philippe Moati, cela place 48 % des répondants dans une forme d’adhésion à cette idée.
Un pouvoir moins identifiable qu’au moment de la première crise
L’autre différence, elle est politique. Christian Le Brat, professeur de sciences politiques à Sciences Po Rennes, rappelle qu’en 2018 le président venait d’être élu, disposait d’une majorité et incarnait un interlocuteur clair. Aujourd’hui, selon lui, la hausse des prix est largement extérieure au pouvoir, le chef de l’État est en fin de mandat, le Premier ministre apparaît presque en intérim et les marges de manœuvre économiques sont réduites.
Et il y a la mémoire du premier épisode. Les résultats jugés faibles et l’absence de débouchés ont déçu une partie des participants. Le contexte préélectoral joue aussi, beaucoup attendant de voir ce qui se passera en mai prochain. Une mobilisation pourrait toutefois chercher à peser sur les candidats et à imposer ses thèmes dans la campagne.
Gaz, alimentation, TikTok, ce qui pourrait faire basculer la suite
Rien ne dit qu’un appel en ligne suffira. Sans événement précis, le scénario pourrait ressembler au mot d’ordre Bloquons tout du 10 septembre 2025, resté très limité. Mais plusieurs facteurs peuvent tendre encore la situation. Philippe Moati cite la hausse attendue du gaz d’ici la fin de l’année, ainsi que les futures négociations sur l’alimentaire en janvier et février, avec des prix susceptibles d’augmenter nettement.
Dans la même enquête, 27 % des Français disent avoir du mal à boucler les fins de mois, surtout dans les zones rurales et périurbaines, où la voiture pèse lourd. Et 60 % se déclarent gilets jaunes ou en soutien au mouvement, soit autant qu’en 2019.
Reste la question des jeunes. Sur TikTok, les hashtags liés aux gilets jaunes et à la Gen Z circulent ensemble. Christian Le Brat y voit l’effet d’un héritage symbolique, celui d’un mouvement perçu comme sincère et lié à une vraie détresse sociale. Jérôme Rodrigues regrettait lui-même sur BFM TV que personne ne bouge vraiment. Le décor est là. L’étincelle, pas encore.