Carburant : pourquoi les raffineries françaises ne suffiront pas

Le gouvernement cherche à desserrer l’étau sur les carburants, mais les raffineries françaises tournent déjà presque à plein régime.

Image aérienne montrant une grande raffinerie de pétrole avec des tours hautes sous un ciel bleu éclatant.
Image d'illustration. Vue aérienne d une raffinerie de pétrole expansive — ADN

En bref

  • La France reste très dépendante du gazole importé
  • Les raffineries ne peuvent augmenter que marginalement
  • Les aides annoncées déçoivent plusieurs professions

Près d’un litre de gazole sur deux consommé en France vient encore de l’étranger. C’est ce chiffre, plus que tout le reste, qui explique pourquoi la flambée actuelle des prix inquiète autant. Avec les tensions au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, le pays se retrouve face à une fragilité bien connue, mais très concrète quand les prix s’emballent.

Une dépendance qui complique tout

L’an dernier, la France a importé près de 50 % du gazole consommé sur son territoire, soit environ 27 millions de tonnes d’après l’Ufip. En clair, quand l’approvisionnement mondial se tend, la marge de protection nationale reste faible. Et cela pèse tout de suite sur la pompe, sur les transporteurs, sur les pêcheurs, sur les agriculteurs.

Des raffineries déjà proches du plafond

Le gouvernement a demandé aux raffineurs d’augmenter la production. Le problème, c’est que l’outil industriel ne suit pas vraiment. Chez TotalEnergies, un expert du secteur a reconnu que l’appareil de production fonctionnait déjà au maximum de ses capacités.

À Gravenchon, la raffinerie reprise par le canadien North Atlantic dit pouvoir faire un peu plus, mais pas beaucoup. Le site évoque un gain plafonné à 10 % avec les installations actuelles. Dans le meilleur des cas, cela représenterait environ 12 000 tonnes de kérosène ou 15 000 tonnes de gazole en plus par mois. Pas négligeable, mais pas de quoi changer l’équilibre du marché.

Le gouvernement joue sur des réglages temporaires

Pour desserrer un peu l’étau, Bercy a autorisé de façon exceptionnelle la vente d’un gazole moins résistant au froid, normalement interdit. Cette adaptation doit permettre à certains sites d’augmenter leur production jusqu’à 20 %, notamment chez Rhône Énergies à Fos-sur-Mer.

L’idée est simple, mettre davantage d’hydrocarbures en circulation pour calmer le marché et soutenir la souveraineté énergétique. Mais on parle surtout d’un ajustement technique ciblé, pas d’un basculement massif.

Des aides ciblées, mais une vraie frustration sur le terrain

L’exécutif a aussi prévu des soutiens pour le transport routier, la pêche et l’agriculture. Sont notamment prévus un report des cotisations sociales, un étalement fiscal, des aides de trésorerie via Bpifrance et une mise à jour temporaire, tous les quinze jours, de l’indice du gazole.

Mais les organisations de pêche, comme l’Anop, l’UAPF ou le Comité national des pêches maritimes, jugent ces mesures trop faibles. Elles parlent de « mesurettes » face à une crise qui pourrait pousser certains professionnels à arrêter. Côté routier, la demande reste la même, adapter plus vite les tarifs aux variations réelles du carburant.

Une ligne, elle, ne bouge pas. Le gouvernement n’envisage pas de baisse directe des taxes, parce qu’il veut maintenir le déficit public à 5 % du PIB. Résultat, la réponse immédiate reste contrainte, alors même que la pression monte.

Vos questions, nos réponses

Pourquoi les raffineries françaises ne peuvent-elles pas produire beaucoup plus ?

Une raffinerie fonctionne avec des capacités industrielles précises, liées à ses installations, à ses rythmes de maintenance et à ses contraintes techniques. Quand les exploitants expliquent qu’ils sont déjà au maximum ou presque, cela veut dire qu’on ne peut pas ajouter beaucoup de volume sans modifier l’outil ou dégrader son fonctionnement.

Que change l’autorisation d’un gazole moins résistant au froid ?

C’est une dérogation technique. Ce type de gazole est habituellement écarté pour respecter des normes adaptées à certaines conditions climatiques. En l’autorisant temporairement, l’État permet à quelques sites de produire davantage, mais cela reste encadré et limité à certains usages ou installations.

Pourquoi le gouvernement refuse-t-il de baisser les taxes ?

Parce qu’une baisse fiscale sur les carburants coûterait cher aux finances publiques. L’exécutif privilégie ici la tenue de son objectif budgétaire, avec un déficit limité à 5 % du PIB, plutôt qu’un allègement général à la pompe.

Pourquoi les secteurs concernés jugent-ils les aides insuffisantes ?

Parce que beaucoup de professionnels subissent le choc immédiatement, sur leurs coûts quotidiens. Des reports de charges ou des aides de trésorerie peuvent soulager un peu, mais ils ne compensent pas forcément une hausse rapide et durable du carburant dans l’activité de tous les jours.

Jérôme Nelra

Éditeur·rice

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