Carburant : la France peut-elle compter sur ses raffineries pour éviter la pénurie ?

Image d'illustration. Vue aérienne d une raffinerie de pétrole expansiveADN
Face à la menace d’une pénurie de carburant en France, la capacité des raffineries à accroître leur production suscite l’interrogation. Entre contraintes techniques et enjeux économiques, la situation met en lumière la vulnérabilité de l’approvisionnement énergétique national.
Tl;dr
- Production de carburants limitée malgré la demande du gouvernement.
- Mesures d’aide jugées insuffisantes par les secteurs concernés.
- Pas de baisse des taxes pour respecter le déficit public.
Des marges de manœuvre réduites pour les raffineurs
Face à la flambée des prix à la pompe, conséquence directe des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et du blocage du détroit d’Ormuz, le gouvernement tente de réagir. Mais la situation s’annonce complexe : sollicités pour augmenter leur production, les principaux raffineurs installés en France affichent leurs limites.
Comme l’a reconnu un expert du secteur chez TotalEnergies, « l’appareil de production est déjà au maximum de ses capacités ». Même son de cloche du côté de la raffinerie récemment reprise par le canadien North Atlantic à Gravenchon, où l’on concède une hausse possible « maximum 10 % avec l’outil technique actuel ». Ce qui représenterait tout au plus 12 000 tonnes supplémentaires de kérosène ou 15 000 tonnes de gazole chaque mois, dans le meilleur des scénarios.
Nouvelles mesures face à la crise, mais soutien jugé limité
Pour répondre à l’urgence, le gouvernement a donc autorisé exceptionnellement la commercialisation d’un gazole moins résistant au froid, habituellement interdit. Cette disposition temporaire devrait, selon Bercy, permettre d’accroître la production sur certains sites jusqu’à 20 % – mais il s’agira surtout d’un ajustement marginal, réservé notamment à l’usine de Rhône Énergies à Fos-sur-Mer. L’objectif affiché : mettre davantage d’hydrocarbures en circulation, stabiliser le marché et renforcer la souveraineté énergétique.
Parallèlement, des aides spécifiques sont déployées en direction des secteurs les plus frappés – transports routiers, pêche et agriculture. Parmi ces mesures figurent notamment :
- Report des cotisations sociales et étalement fiscal
- Aides via Bpifrance pour soutenir la trésorerie
- Mise à jour bimensuelle temporaire de l’indice du gazole
Entre attentes déçues et contraintes budgétaires persistantes
Mais ce train de mesures ne convainc guère sur le terrain. Les représentants des pêcheurs – comme l’Anop, l’UAPF, ou encore le Comité national des pêches maritimes – dénoncent « des mesurettes » inadaptées à une crise qui pourrait forcer nombre d’entre eux à cesser leur activité. Du côté du transport routier, la demande principale porte sur une adaptation plus rapide des tarifs en fonction des fluctuations réelles du prix du carburant.
En toile de fond demeure une réalité incontournable : malgré les appels pressants, aucune baisse directe des taxes sur les carburants n’est envisagée. La raison est claire : préserver un déficit public limité à 5 % du PIB reste prioritaire aux yeux du gouvernement.
Péril sur la souveraineté énergétique française ?
L’an passé encore, la France importait près de 50 % du gazole consommé sur son territoire – soit quelque 27 millions de tonnes selon l’Ufip.
Dans un contexte international instable où l’approvisionnement demeure fragile, cette dépendance structurelle vient souligner l’extrême vulnérabilité nationale en matière d’énergie fossile. Pour les acteurs économiques concernés comme pour le pouvoir politique, le temps presse.