En bref
- Le cœur peut être touché très tardivement
- Certains patients doivent être suivis pendant des années
- Des écarts d’accès aux examens persistent
Finir un traitement contre le cancer ne veut pas toujours dire tourner la page côté cœur. Selon le docteur Francisco Sebastián Palacid, coordinateur du groupe de travail de cardiologie de la Société espagnole de médecine nucléaire et d’imagerie moléculaire, une cardiotoxicité peut apparaître de façon aiguë, dans l’année qui suit, ou beaucoup plus tard, parfois dix à vingt ans après.
Chez les patients traités dans l’enfance, ce risque tardif est particulièrement visible. Le médecin estime donc que le suivi ne doit pas se limiter à la phase active du traitement, surtout dans les situations les plus exposées.
Un risque qui ne s’arrête pas à la fin du cancer
L’alerte tombe à quelques jours de la Journée mondiale du cœur, organisée le 29 septembre. Et le message est simple, presque brutal, le danger ne disparaît pas forcément avec la dernière perfusion.
Pour Francisco Sebastián Palacid, les patients ayant reçu des doses élevées de thérapies cardiotoxiques, mais aussi les plus jeunes, doivent parfois être surveillés pendant des années après la fin des soins. Ce suivi au long cours permet de repérer une atteinte réelle avant qu’elle ne passe inaperçue pendant longtemps.
La MUGA, un outil de surveillance parmi d’autres
Parmi les examens cités, la ventriculographie isotopique, appelée MUGA, occupe une place de référence. Elle est réalisée avant la chimiothérapie pour obtenir une image de départ du myocarde, puis répétée régulièrement chez les patients qui reçoivent les médicaments les plus à risque.
Ce n’est pas l’unique outil. Le spécialiste la présente comme un examen complémentaire dans une surveillance multimodale, avec l’échocardiographie, les biomarqueurs et, si besoin, l’IRM cardiaque. Son atout principal, selon lui, tient à sa reproductibilité, autrement dit à sa capacité à confirmer qu’une baisse de la fonction cardiaque est bien réelle et non liée à une variation de mesure.
Les profils les plus exposés
L’attention doit se porter en priorité sur les patients âgés, ceux qui vivent avec un diabète ou une maladie cardiaque déjà connue, ainsi que sur les personnes cumulant de fortes doses de traitements cardiotoxiques.
Le médecin signale aussi un risque particulièrement élevé chez les femmes atteintes d’un cancer du sein traitées par anthracyclines associées au trastuzumab. Même vigilance pour les patients souffrant d’un lymphome traités avec des protocoles incluant des anthracyclines et, souvent, une radiothérapie thoracique. Le groupe le plus sensible reste celui des enfants et des adolescents soignés pour des leucémies ou des sarcomes, car leur muscle cardiaque est encore en développement.
Des écarts d’accès encore dénoncés
Autre point soulevé par Francisco Sebastián Palacid, une forte disparité persiste en Espagne entre communautés autonomes, et même entre hôpitaux d’une même région, pour l’accès aux techniques de médecine nucléaire appliquées à la cardiologie.
Ces examens ne servent d’ailleurs pas uniquement en cancérologie. Ils sont aussi utilisés pour évaluer la viabilité du muscle cardiaque ou analyser la circulation sanguine du cœur chez des patients atteints de cardiopathie ischémique. Derrière le sujet du jour, on voit déjà l’enjeu de santé publique, mieux survivre au cancer, sans perdre de vue l’après.