En bref
- Washington vote aussi sur le foie gras
- Des militants ont obtenu un référendum local
- Restaurants et producteurs redoutent une interdiction
Le foie gras sera bien dans les urnes à Washington le 3 novembre, le même jour que les élections américaines de mi-mandat. En plus du vote pour le Congrès, les habitants de la capitale devront dire s’ils veulent maintenir la vente et la distribution de ce produit dans le District of Columbia.
Cette consultation locale a été rendue possible après la mobilisation de militants de la cause animale. Ils ont réuni les signatures de 5 % des électeurs inscrits, le seuil requis pour lancer un référendum. Leur argument tient en une image simple, souvent répétée pendant la campagne : le gavage des canards et des oies reste, à leurs yeux, une pratique cruelle.
Un scrutin local au milieu des enjeux nationaux
Le sujet paraît secondaire face au climat politique américain, et certains militants le reconnaissent eux-mêmes. James Nance, pourtant engagé dans la campagne, admet qu’il existe des urgences plus larges, comme la défense de la démocratie ou les attaques attribuées à l’administration Trump. Mais puisque le foie gras fait l’objet d’un vote, il explique avoir voulu s’impliquer.
Le dossier a pris de l’ampleur aussi parce que le produit reste mal connu d’une partie du public. Selon Mike Accardi, si le foie gras est encore vendu, c’est surtout parce que beaucoup de gens ignorent de quoi il s’agit exactement.
À table, le débat devient très concret
En face, les restaurateurs défendent un produit qu’ils jugent lié à une certaine idée de la gastronomie. L’opposant le plus visible est Bart Hutchins, chef et propriétaire du restaurant Butterworth’s, près du Congrès et fréquenté par des proches de l’administration Trump. Dans son établissement, le foie gras figure partout, en tartare, en sauce, en pâté, et même dans des glaces.
Bart Hutchins redoute un précédent. Il dénonce « une tendance très moderne à piétiner le passé » et prévient que d’autres produits de niche pourraient suivre. Pour lui, ce vote touche aussi au patrimoine culinaire.
Washington, enjeu majeur pour la filière
Les militants de Pro Animal DC veulent que la capitale suive la voie prise ailleurs, notamment en Californie ou à Pittsburgh, où des lois anti-foie gras existent déjà. Ils ont recueilli près de 32 000 signatures, soit davantage qu’une proposition sur la légalisation du cannabis approuvée en 2014.
L’enjeu économique n’est pas mince. Washington est présenté comme le troisième plus gros consommateur de foie gras du pays. Pour les militants, retirer ce marché frapperait directement l’industrie.
Les producteurs, eux, contestent l’accusation de cruauté. Jordan Grinor, directeur de Hudson Valley Farms, l’un des deux seuls producteurs commerciaux de foie gras aux États-Unis, défend le gavage comme une pratique traditionnelle. Il affirme aussi qu’une interdiction à Washington pourrait menacer au moins un tiers des 150 emplois liés à cette production dans le nord de l’État de New York.